| Qui était Michel Ndoh |
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Qui était Michel Ndoh ? Avril 1934 – juillet 1998 Né le 05 Avril 1934 à Ndom en Sanaga Maritime, de Yol Ndoh et de Ngo Yomb Madeleine. Décède jeudi le 30 juillet 1998 à Douala. Etudes : Primaires à Samba et à Edéa. Secondaires à Nkongsamba et à Yaoundé. Supérieures (Droit) à Toulouse et Paris en France.
Biographie de NDOH Michel tirée de l’oraison funèbre prononcée par Moukoko Priso à la veillée funèbre, le jeudi 13 Août 1998 à Douala, et le samedi 15 Août à l’enterrement à Ndom. Entouré de l’affection de sa maman Madeleine Ngo YOMB et de l’attention de papa YOL NDOH, Michel, à l’âge canonique, commence ses études primaires à Samba. Il les terminera à Edéa, où il marquera suffisamment ses maîtres et ses camarades. Aujourd’hui encore, les premiers le considèrent comme leur meilleur élève pour cette génération. Quand il en sort, il est admis en fait à l’Ecole Primaire Supérieure de Yaoundé. Mais on est juste après la 2ième guerre mondiale et cette Ecole vient d’être pour ainsi dire scindée : on ouvre le Lycée Leclerc et le Collège Moderne de Nkongsamba, Michel ira à Nkongsamba, d’où il sortira en 1951 pour entrer en classe de 2nde au Lycée Leclerc. Lors de son passage au Collège Moderne de Nkongsamba, dont les élèves sont très influencés alors par l’UPC au point qu’ils hébergeront plusieurs fois UM Nyobè lors des passages du Secrétaire Général dans la ville, le jeune Ndoh est évidemment frappé par ce que leur dit Mpôdôl. Les biographes de personnages historiques ont l’habitude de sous – estimer l’influence sur ceux – ci, des événements qu’ils ont vécus pendant leur prime jeunesse. Or, comme il l’a rapporté lui – même, Ndoh sera sans doute assez marqué, non seulement par les enseignements entendus par lui de la bouche de UM Nyobè, mais aussi par un événement qu’il vit alors qu’il est en 2nde au Lycée Leclerc : la grève des élèves de 1952. Cette grève lui révèle, ainsi qu’aux autres élèves, la personnalité déjà remarquable de OSSENDE AFANA, alors élève et un des organisateurs et meneur de la grève. Michel nous dira lui – même, il n’ y a pas longtemps, qu’il distingue deux périodes importantes dans ses rapports avec OSSENDE : grande admiration pendant cette grève et après ; puis profondes divergences en 1962 à propos du Comité Révolutionnaire de l’UPC. En attendant, quand il réussit son baccalauréat en Juin 1954, il obtient une bourse pour des études en France. Le hasard sans doute, fait qu’il est envoyé à Toulouse, où il s’inscrit à la faculté de droit et sciences économiques, et où surtout, il retrouve OSENDE AFANA. Avant de prendre l’avion pour la France, raconte - t – il lui – même, il passe un jour au siège de l’UPC à Nkongmondo. Ce jour – là, UM n’est pas là, et c’est KINGUE et OUANDIE qu’il peut rencontrer. On peut deviner ce que les deux dirigeants lui prodiguent comme conseils patriotiques et comme encouragements et recommandations. Selon la relation qu’il en fit lui – même, on ne parle pourtant pas, apparemment, d’adhésion à l’UPC, bien qu’on soit vers la fin de 1954. Moins d’un an plus tard, c’est Mai 1955. A cette date, OSSENDE est déjà un des leaders du Mouvement Etudiant Africain en France, au sein de la fameuse Fédération de Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF). Et alors, tout ou presque, bascule en quelques semaines, OSSENDE, NDOH et quelques autres, engagent un travail courageux d’information de l’opinion française et internationale sur les massacres, à partir de Toulouse puis Paris, et informent la Direction de l’UPC à Douala, en demandant conseils et informations. Ils font tout cela avec quelque timidité, en se disant qu’ils ne sont après tout, pas upécistes. Mais quand ils reçoivent la réponse de la Direction de l’UPC sousla plume de Ernest OUANDIE, c’est pour s’entendre dire, au contraire, qu’ils ont fait exactement ce qu’un bon Comité de Base de l’UPC aurait fait dans ces conditions ; et qu’en conséquence, non seulement ils devraient cesser de se considérer comme non – upécistes, mais assumer pleinement leurs responsabilités patriotiques. C’est ainsi que peu après, naît le premier Comité de Base actif de l’UPC parmi les étudiants et la communauté Kamerunaise de France. Ainsi commence la Section de France de l’UPC, dont Ndoh sera plus tard Secrétaire Général. Après qu’OSSENDE ait été directeur du fameux journal de la FEANF, « L’Etudiant d’Afrique Noire », et qu’à la fin de ses études, il soit parti se mettre à la disposition du parti, il semble naturel que Michel Ndoh lui succède à la tête du journal. C’est que « le groupe de Toulouse » avait sans doute convaincu ses camarades africains de son savoir – faire en la matière et de son sérieux militant. Au début des années 1960, alors que les gens de ma génération arrivent à leur tour en France pour leurs études, les milieux de la FEANF et les colonnes de « L’Etudiant d’Afrique Noire » résonnent encore du passage d’OSSENDE et NDOH dans les milieux dirigeants de la fédération et à la tête du journal. Ceux des anciens Kamerunais dont on parle alors régulièrement avec fierté dans toute la FEANF, pour leur engagement exemplaire, outre Ossendé, sont Ndoh, Woungly Massaga, Jean martin Tchaptchet, Joseph Etoundi, Gabriel Abolo, Elie Nsangou… A la rentrée universitaire de 1960, l’agitation est au comble parmi les étudiants en France : c’est qu’il y a à la fois à la fois l’Algérie et le Kamerun en guerre de libération ; mais aussi le Congo, où Patrice Lumumba est victime de coups tordus des impérialistes, par Mobutu et Tschombé interposés. Le 03 Novembre 1960, Félix Moumié meurt à Génève. En Décembre, se réuni à Paris le XIième Congrès de l’Union Nationale des Etudiants du Kamerun (UNEK). En raison des circonstances tout à fait exceptionnelles, ce Congrès marque une radicalisation sans fioritures de l’organisation étudiante. Sans doute avec l’accord de la Section de France de l’UPC, une direction de combat est mise en place, présidée par Woungly Massaga ; tandis que Ndoh lui, est « positionné » à la direction de la FEANF où il dirige le journal pour l’année 1961. Trois semaines à peine après, Patrice Lumumba est assassiné le 17 Janvier 1961 au Katanga. L’assassinat de Lumumba, et celui de Moumié moins de trois mois avant, constituent l’un des coups les plus terribles portés par l’impérialisme aux peuples africains dans toute leur histoire. Ces deux meurtres marqueront pour de bon des milliers de jeunes africains. Je ne suis pas sûr de pouvoir évaluer correctement l’influence eurent sur la propre évolution de ceux de ma classe d’âge, mais elle a certainement été considérable tout au moins pour mon cas. Toujours est – il que ces assassinats marquent pour de bon l’évolution de Ndoh. Car, la trajectoire de sa vie change sérieusement. Il était évident, que le rangement en ordre de bataille, à la tête de l’UNEK et de la FEANF, opéré en décembre 1960, de plusieurs jeunes gens parmi les plus dynamiques de la Section de France de l’UPC, ne pouvait pas passer inaperçu de la police française et des autorités de ce pays. Spécialement au moment où, fin 1960, début 1961, la presse coloniale française avançait bruyamment la thèse qui allait devenir un des dada favoris sur l’UPC pendant des dizaines d’années : la thèse des coups fatals successifs assénés (ou à asséner?) à l’UPC, coups fatals qui pourtant laissaient chaque fois la vie sauve, puisque l’UPC ne mourrait toujours pas, et qu’il fallait chaque fois recommencer… A la suite des manifestations organisées dans diverses villes universitaires françaises pour protester contre le meurtre de Patrice Lumumba, et notamment celle de Paris qui, dit – on énerva spécialement de Gaulle, le gouvernement colonialiste français décida de frapper les meneurs. Or, le hasard fit curieusement les choses, et ce furent quatre étudiants kamerunais, upécistes, qui firent l’objet d’un Arrêté d’expulsion du territoire français : Etoundi Joseph, Ndoh Michel, Tchaptchet Martin et Woungly Massaga. Ainsi, d’une pierre, on frappait au moins trois coups : la Section de France de l’UPC était vidée de ses leaders de fait, l’UNEK était asphyxiée, et le journal de la FEANF était était décapité. Pour ce qui concerne Ndoh, cette expulsion aura, trente ans plus tard encore, des conséquences de grande importance : 1°) en 1991, le gouvernement français refusera que Michel Ndoh, rentrant au pays en provenance de Genève, fasse un simple transit (sans sortir de l’aéroports) à Paris ; 2°) la persistance des effets de cet Arrêté est l’une des causes essentielles du long délai pour l’évacuation du camarade en France, quand il a été décidé de le faire, compte tenu par ailleurs des formalités complexes pour l’obtention d’un visa long séjour absolument nécessaire en l’occurrence, s’agissant d’une hospitalisation. Toujours est – il que, à partir de l’expulsion, prend fin la vie d’étudiant de Michel Ndoh, qui n’aura plus le loisir de préparer sa thèse de doctorat en droit à laquelle il aspirait. Un tout autre genre de thèse l’attend désormais. Quand Michel Ndoh et ses camarades arrivent au Ghana en 1961, sous la présidence de Kwame N’Krumah, c’est pour se mettre entièrement à la disposition de l’UPC. A la même époque ou peu après, nombre d’autres, qui jouent depuis 1991 les vedettes de l’Ame Immortelle et que les média présentent comme tels, bénéficiant du soutien du pouvoir, quittaient l’UPC, dans laquelle, disaient – ils, ils étaient s’étaient simplement égarés par erreur d’inattention quelques temps auparavant. Ils restèrent parfois 30 ans dans le régime qu’ils avaient déclaré vouloir « changer de l’intérieur » (comme aujourd’hui n’est – ce pas, l’Histoire semble se répéter) ; et ne réapparurent qu’en 1991, dans une démarche d’une rare audace, pour se poser en leaders upécistes, le tout à la faveur d’une imposture sans précédent, qui est une sorte d’insulte aux innombrables souffrances et privations que Ndoh et ses compagnons entre autres, subirent tout le long. D’abord nommé membre du Secrétariat Administratif du parti, Ndoh est, en septembre 1962, élu membre du Comité Révolutionnaire de l’UPC par une Assemblée Populaire réunie sous maquis par Ernest Ouandié. Ici, une brève parenthèse est necéssaire. Nous nous limitons au simple point de vue de la logique de la lutte. Ouandié est en période de lutte clandestine armée, où le chef peut à tout moment rencontrer la mort, d’autant qu’il a derrière lui les exemples de ses collègues Um et Moumié. Il sait aussi, justement pour ces deux exemples illustres, que le colonialisme français a décidé d’appliquer à l’UPC une politique aux relents racistes, d’assassinats systématiques des chefs upécistes (car après tout, les Français gardèrent prisonniers pendant six longues années les chefs du FLN algérien, sans toucher même à un seul cheveu sur leurs têtes). Ouandié sait aussi que son collègue Kingue est malade, miné par cette hypertension qui minera aussi Ndoh. Prenez toutes ces circonstances : n’importe quel homme d’expérience, patriote de la trempe de Ouandié, pensera nécessairement au problème de la direction de l’UPC à cette période cruciale de la lutte révolutionnaire, et tout observateur sérieux et lucide, objectif, conclura que cela révélait du simple bon sens. Et pourtant, Ndoh, comme d’autres, dut subir des cabales qui durent encore de nos jours, en dépit des preuves de témoins oculaires encore vivants et qu’on peut difficilement soupçonner d’être des agents de Ndoh et ses collègues d’alors. Nous nous sommes parfois demandés, si Ernest Ouandié, même accompagné de Moumié et Um Nyobè, ne se ferait pas taxer traître, s’il revenait en vie et se hasardait à confirmer les faits, à savoir qu’il a bel et bien réuni sous maquis ces fameuses Assemblées Populaires qui désignèrent le Comité Révolutionnaire qu’il présidait. Mais fermons la parenthèse. Michel Ndoh est au Ghana au début de 1966 lorsque le gouvernement du Président Osagyefo Kwame Nkrumah est renversé par un coup d’état réactionnaire du général Ankrah et ses complices Kotoka et consorts. Le renversement du président Nkrumah, l’un des plus grands patriotes africains de tout ce XX ième siècle, était un rude coup porté aux luttes progressistes sur tout le continent. Ndoh est jeté en prison, en compagnie de J.M. Tchaptchet, par les militaires ghanéens. Peut – être est – ce là que débute son hypertension artérielle. Quand ils sortent de cette prison quelques années plus tard, après avoir seulement de justesse échappé à une extradition vers le Kamerun d’Ahidjo qui aurait signifié une mort certaine, Ndoh n’a qu’une idée en tête : reprendre la lutte qu’il n’imagine évidemment pas abandonner un seul instant. Grâce à des soutiens d’amis Suisses de notre lutte, et à la détermination de ses camarades d’alors, réduits à une poignée de « rêveurs fous » à la suite de l’assassinat d’Ernest Ouandié en Janvier 1971, Ndoh obtient l’asile politique en Suisse où il résidera à Lausanne. C’est dans cette position peu commode pour un révolutionnaire qui ne veut pas abandonner le combat, contraint au devoir de réserve sur le sol suisse, que le camarade Moussa (c’est son nom de clandestinité) participe aux 20 ans de lutte dans l’ombre, entre 1971 et 1991, pour sauver l’UPC de la destruction totale en tant que force politique organisée, et relancer le parti. Le 14 octobre 1990, le Comité Central de l’UPC, direction de l’UPC réorganisée en clandestinité depuis près de 20 ans, désigne le camarade Michel Ndoh au poste de Secrétaire Général par intérim. Et c’est à ce titre qu’il rentre au pays le 28 Juillet 1991 et reçoit un accueil mémorable. |