Economie & Société
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DIAGNOSTIC 1- L’état général du Cameroun : Presque aussi grand que la France, le Cameroun est quatre fois moins peuplé. Comme l’Hexagone, il offre une grande diversité de reliefs, de climats, de paysages. Pays jeune, dont la moitié de la population a moins de 20 ans, c’est une terre ancienne dont on peut remonter l’histoire sur une bonne dizaine de siècles. Rien d’étonnant que ce carrefour géographique soit aussi un creuset démographique où coexistent 250 groupes ethniques et autant de langues, dont deux sont officielles, et non des moindres : le français et l’anglais. De la diversité est née l’unité, symbolisée par l’étoile du drapeau, au terme d’une histoire mouvementée, d’abord liée aux convulsions de l’Europe, et aujourd’hui à sa prospérité. Le Cameroun tire avantage de sa situation géographique au centre du continent, de la diversité de ses reliefs et de son climat, de sa richesse agricole et minérale, de son héritage biculturel, d’une population industrieuse et d’élites bien formées pour occuper une place importante en Afrique. A lui seul, il représente plus du tiers (35% en 2006) de l’économie de la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), qui comprend également le Tchad, la Centrafrique, le Gabon, le Congo et la Guinée équatoriale et dont il partage la monnaie, le franc CFA. Ayant inspiré suffisamment confiance à ses créanciers publics pour obtenir une très large annulation de sa dette extérieure au printemps 2006 – après avoir atteint le 28 avril, selon l’expression consacrée, le « point d’achèvement de l’initiative PPTE renforcée » -, le Cameroun donne maintenant rendez-vous aux investisseurs privés pour une nouvelle étape décisive de son développement. a- La géographie physique du Cameroun : Le relief du Cameroun se compose de basses terres, de plateaux, de savanes et de hautes terres à l’ouest dont les massifs vont de 1500 à 4 100 mètres d’altitude. Les fleuves et les rivières du Cameroun drainent quatre bassins versants : Le bassin de l’Atlantique avec le Wouri et la Sanaga (918 km) etc, le bassin du Congo avec le Lobo et le Dja, le bassin du Niger avec la Benoué (1400 km seule voie navigable), le bassin du Tchad avec le Chari et le Logone. Le Climat se caractérise par deux domaines : équatorial et tropical. b- La géographie humaine du Cameroun : La croissance de la population camerounaise est inférieure à 2% par an. Le Cameroun compte environ 16,5 millions d’habitants. Ce qui le place au 60è rang mondial. Il en comptait 5 millions lors de l’indépendance et devrait atteindre les 27 millions en 2050. Plus de 41% de la population a moins de 14 ans, tandis que 4% a plus de 60 ans. L’espérance de vie est estimée à 46 ans en 2005 par la Banque mondiale. Le taux de fertilité est de 4,7 naissances par femme, le taux de natalité de 3,4 et celui de la mortalité infantile de 9,2%. Le taux de croissance de la population est de 1,6% par an (2005-2010). Le Cameroun présente une grande diversité ethnique. Plus de 250 groupes et autant de langues recensés se répartissant en cinq grandes régions culturelles : les plateaux de l’ouest (Bamiléké et bamoun 20%), les forêts tropicales côtières (Bassa et Douala 15%), les forêts tropicales du sud (Bétis, boulous et fangs 20%), les régions semi-arides du nord (Fulanis ou fulbés 10%), le grand nord. La population camerounaise est assez urbanisée. Le taux d’urbanisation atteint 55% (Fnuap 2006) contre 32% en moyenne pour l’Afrique subsaharienne. Et la population urbaine augmente de 3,1% par an (2005-2010). Ce qui pose de redoutables problèmes pour mettre en place les infrastructures requises. 45 000 Camerounais résident régulièrement en France (Ils sont 10 000 en Allemagne) et 6000 français environ vivent au Cameroun. Le Cameroun jouit d’une coexistence pacifique des religions. Avec 35% de la population répartis sur 22 diocèses, les catholiques sont les plus nombreux. Les protestants concentrés dans le littoral, les provinces du nord-ouest et du sud-ouest, sont estimés à 15%. Les adeptes de religions traditionnelles représentent un taux de 25%, comme les musulmans concentrés surtout dans l’Adamaoua, le nord et l’extrême nord. Mais ces chiffres sont à prendre avec des précautions, car beaucoup de camerounais, exposés à des vagues successives d’apostolat, pratiquent leur propre syncrétisme. Et la prolifération des sectes ne laisse pas indifférents les hommes des églises établies. c- La santé et le développement humain : L’alimentation : la malnutrition infantile est élevée. 15% environ des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition. La vulnérabilité de la santé est persistante : les maladies à potentiel épidémique les plus fréquents et sous surveillance intégrée sont : la fièvre jaune, le choléra, la méningite cérébro-spinale, la rougeole, la dysenterie bacillaire, la trypanosomiase, le paludisme. L’analphabétisme est partout en recul. Par rapport à son niveau de 1998, le taux d’alphabétisation a progressé de 8 points passant de 69% à 77%. Mais alors que l’alphabétisation est presque universelle à Douala et Yaoundé, les provinces septentrionales du pays sont les régions les moins alphabétisées. 76% des filles sont scolarisées dans l’enseignement primaire et 81 % des garçons. La moyenne de scolarisation des filles en Afrique subsaharienne est de 52 %. Le niveau de vie se caractérise par la pauvreté et le sous-emploi. L’indicateur de pauvreté humaine est de 35,6% de la population en 2004, selon le Pnud. La pauvreté est plus marquée dans les campagnes (70%). La pauvreté urbaine touche près de 2 millions de personnes, essentiellement à Douala et à Yaoundé. Et avec un indicateur de développement humain de 0.506 sur 1 (Pnud), le Cameroun se classe, selon le rapport 2006 au 144è rang sur mondial sur 177. Ce dernier classement est basé sur les données socio-économiques (éducation, santé, revenu par habitant) de l’année 2004. Il donne une estimation du niveau de vie général d’un pays. Pour le Cameroun, il s’est amélioré entre 1975 et 2006, passant de 0.417 à 0.506. Les langues : un bilinguisme officiel français et anglais, parlés respectivement par 78% et 22% de la population et reconnus d’égale valeur par la constitution. Une pluralité de langues nationales et le pidgin permettent une communication aisée entre une population ethnique variée. d- Les institutions : La constitution actuelle a été promulguée le 18 janvier 1996. Elle organise un système mi-présidentiel, mi-parlementaire, assez voisin du système français, reposant sur le suffrage universel des majeurs de 20 ans. Selon la constitution de 1996, Le président de la république était élu pour un mandat de sept ans renouvelable une fois au suffrage universel direct à un tour. L'Assemblée nationale, largement dominée par le parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a en effet voté, jeudi 10 avril 2008, par 157 voix pour et 5 contre, plusieurs projets d'amendements à la Constitution de 1996 qui ouvrent la voie à un nouveau septennat pour l'actuel chef de l'Etat. Quinze parlementaires appartenant au principal parti de l'opposition, le Front social-démocrate (SDF), avaient quitté la salle, peu avant le scrutin, pour protester contre ce qu'ils ont appelé un « coup d'Etat constitutionnel » Le président actuel a été élu en 1984 puis réélu en 1998, 1992, 1997 et le 11 octobre 2004 avec semble-t-il, 70.92% des suffrages exprimés et une participation annoncée de 82.23%. La prochaine élection présidentielle aura lieu en 2011. Le gouvernement est composé du parti présidentiel le RDPC et de ses alliés traditionnels. Le nombre des membres du gouvernement s’explique par un souci d’équilibre géographique, religieux, tribal et linguistique. La constitution prévoit un parlement bicaméral, mais à ce jour, le sénat, qui représente les collectivités territoriales décentralisées, n’a pas été constitué. L’assemblée nationale compte 180 membres élus pour cinq ans. Les autres institutions centrales sont le conseil constitutionnel dont la mise en place devait intervenir en 2007, la cour suprême, la chambre des comptes (janvier 2006), les forces armées (28000 hommes). Les dépenses militaires sont estimées à 220 millions de dollars, soit 1.3% du PIB en 2005, selon la banque mondiale. 2 - Le potentiel économique : Le Cameroun n’est pas une terre vierge. Quel qu’en ait été le cadre juridique, les activités économiques qu’il accueille depuis plusieurs siècles sont façonnés de réseaux d’interdépendance, routes, voies ferrées, ports et aujourd’hui télécommunications. Toutes ces infrastructures que l’embellie économique devrait permettre au gouvernement de moderniser, sont au service d’un potentiel économique remarquablement diversifié et bien réparti entre les cultures vivrières et de rente, forêt et filières de bois, pêche, hydrocarbures, minerais, secteur manufacturier et tertiaire, avec un système bancaire appelé plus que jamais à contribuer au redémarrage de l’économie. Pays en développement, le Cameroun doit consentir d’énormes efforts pour mettre ses infrastructures au niveau attendu par la population pour son décollage économique. Il doit affronter deux défis majeurs : le déplacement de la population vers les villes, et les nouvelles exigences économiques qui obligent à mettre les bouchées doubles : lutte contre la pauvreté et relance de la croissance. Mais nous pouvons aussi rajouter la construction des routes, clé du désenclavement, les voies ferrées, les ports, véritable poumon de la Cemac, le transport aérien, les défis de l’eau et de l’électricité, l’explosion des télécoms et les besoins énormes en logement. 3 – Les grandes filières de production : L’économie camerounaise est avantageusement diversifiée. Le secteur primaire représente 22,5% du Pib en 2005 et se répartit entre une production vivrière active (18%) exportée pour partie vers les pays voisins et des cultures d’exportation dont les prix sont actuellement bien orientés (sauf pour le coton) et qui ont un bel avenir (caoutchouc, palme), sous réserve, pour certains, d’un effort de qualité (cacao) et d’adaptation au marché (sucre et banane). Le secteur secondaire représente 28,1% du Pib. Il subit la régression de la production pétrolière (5,3% du Pib), et les problèmes causés au secteur manufacturier par l’irrégularité des fournitures d’électricité, par l’atonie de la demande des ménages (qui affecte aussi le bâtiment) et par une concurrence asiatique débridée. Le secteur tertiaire, qui contribue à 49,4% au Pib, est bien orienté grâce à la forte demande en communications (téléphonie mobile) et en transports. Les services publics (8% du PIB) ont subi les effets de l’austérité budgétaire mais recèlent un bon potentiel de croissance compte tenu de l’importance des besoins de la lutte contre la pauvreté. Le Cameroun a un excellent potentiel agricole en raison de la diversité de son climat, chaud et généralement humide, et de la richesse de ses sols. Le secteur primaire (agriculture, élevage, pêche et sylviculture) emploi la moitié des actifs camerounais (4 millions). Le secteur des ressources minérales a longtemps été délaissé, faute d’infrastructures d’énergie et de transport. Il occupait 6000 salariés en 2006. L’état a décidé de lui donner toutes ses chances en se désengageant et en faisant appel aux investisseurs étrangers. Le code minier promulgué en 2001 se veut incitatif pour les investisseurs qui bénéficient, en phase d’installation, du régime de l’admission temporaire pour leurs équipements, et en phase d’exploitation, de la libre commercialisation de leurs produits finis ou semi-finis. L’économie informelle a fait l’objet d’une première enquête de l’INS (Institut national des Statistiques) en deux phases. Il en ressort qu’elle est le premier employeur du pays avec 90% de la population active, dont 60% dans l’agriculture et 40% dans l’industrie, le commerce ou les services. Elle représente entre un tiers et la moitié du Pib. 4- Les politiques et perspectives : Le Cameroun adhère sans ambiguïté aux principes de l’économie libérale, tempérés par les exigences de solidarité sociale compatibles avec la situation budgétaire. La réduction de sa dette extérieure, grâce à la confiance retrouvée des bailleurs de fonds, doit lui permettre tout à la fois de maintenir une croissance forte (6% par an), de réduire la pauvreté et de porter la qualité des services publics au niveau attendu d’un pays en voie de modernisation accélérée. Pour poursuivre dans cette voie, le Cameroun compte sur les investissements internationaux qui y retrouveront une main d’œuvre travailleuse, des cadres bien formés, une gouvernance en restauration et un régime de l’investissement étranger particulièrement attrayant : Le stock de la dette publique, qui est passé par un maximum de 9.4 milliards de dollars, soit 126% du Pib en 1995, est revenu à 7.8 milliards de dollars fin juin 1999, soit environ 108% du Pib. Ce niveau ramené en valeur actualisée nette à 4,7 milliards de dollars est à la base de tous les calculs d’allègement de dette sous l’initiative PPTE. Globalement, l’endettement extérieur a été ramené de 33% à 3% du Pib. Le flux des investissements directs étrangers (IDE) entrant au Cameroun reste marginal par rapport aux flux mondiaux. La France reste le premier investisseur au Cameroun avec plus de 160 filiales françaises employant quelque 30 000 personnes et plus de 200 entreprises appartenant à des ressortissants français dans tous les secteurs d’activité. Mais une étude récente réalisée par le cabinet Development Finance international, en accord avec le gouvernement camerounais, consacre les USA comme le premier investisseur étranger au Cameroun, devant la France et la Malaisie. Environ 90% de l’investissement industriel privé (293 millions d’euros sur 330 en 2001) est le fait des grandes entreprises ayant un chiffre d’affaires approchant les 10 millions d’euros, qui sont largement contrôlées par des intérêts étrangers, dans des secteurs du pétrole, de l’électricité, des télécommunications, des mines et dans une moindre mesure, de l’agroalimentaire. |