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UNION  DES  POPULATIONS  DU  CAMEROUN
UNION DES POPULATIONS DU CAMEROUN
U   P   C


ETAT  DES  LIEUX  DE  LA   SITUATION  ECONOMIQUE DU  KAMERUN


Préparé et présenté par MOUTLEN Ferdinand et NJUFOM Samuel.
 Membres du COMITE DIRECTEUR DE L’UPC.

PLAN
 

INTRODUCTION.


I. ATOUTS ET RICHESSES DU CAMEROUN.

A. Situation géographique et ressources naturelles.

B. Indicateurs démographiques et ressources humaines.


II. ETAT DES LIEUX: TABLEAU ECONOMIQUE D’UN PPTE .

A. Une misère sans nom maquillée par des “indicateurs économiques” sans signification.

B. Les véritables indicateurs de l’économie du Cameroun.

C. Les “indicateurs économiques” en question.

D. La politique de privatisation.

E. Les facteurs déterminants des coûts de production.
 (Facteurs énergétiques et infrastructures de transport.)

F. Les autres facteurs de l’activité économique.

 
Avant Propos
 

En présentant à notre peuple et à l’opinion publique la version révisée de notre Programme Economique et Financier (PEF) de 1990, la Direction de l’UPC continue à s’acquitter d’une mission : expliquer pourquoi l’UPC doit réviser la partie économique de son programme.

 
Phase nouvelle,
Programme nouveau
 

La ligne de conduite de l’UPC a toujours été de défendre les intérêts fondamentaux du Peuple et de la nation. La situation économique et sociale évoluant constamment, l’UPC, qui évite tout dogmatisme, adapte son programme tout en restant fidèle à sa ligne de toujours ; ligne pour laquelle Ruben UM NYOBE, Félix-Roland MOUMIE, Ernest OUANDIE, Abel KINGUE et de milliers de martyrs ont donné leur vie.
Dès sa création en 1948, l’UPC inscrivait son programme dans l’article premier de ses statuts ; et ce programme développé notamment au premier congrès en 1950 à Dschang, portait sur l’Unification, l’Indépendance, et l’Elévation du standard de vie des populations Kamerunaises.
 
En 1960, au moment de l’avènement de la fausse indépendance, ce programme actualisé connu alors sous le nom de Programme de Démocratie Nouvelle, insistait sur la nécessité de poursuivre la lutte pour une indépendance véritable et la satisfaction des besoins du peuple. A l’époque, beaucoup de ceux qui s’étaient opposés à la lutte pour l’indépendance nous reprochaient le fait de ne pas considérer  l’indépendance de 1960 comme une indépendance véritable, la situation économique du Kamerun en 2008 donne raison à  l’UPC.

Dans le Programme Général de Transition au Socialisme, présenté au peuple Kamerunais en 1982, l’UPC demandait notamment : La démocratisation, la fin du système de parti unique, la satisfaction des besoins du Peuple, la fin de la corruption, des vols et détournements de fonds publics par une minorité, la satisfaction des besoins des régions notamment du Kamerun occidental.

En 1990 après huit ans de pouvoir Biya, dans un pays en crise profonde, l’UPC proposait dans son Programme Economique et Financier, les grandes orientations permettant non seulement de sortir notre pays de la crise globale dans laquelle il s’enfonçait mais aussi de Jeter les bases d’une croissance Forte, Saine, Soutenable, Equitable et Durable, d’Assainir et Moderniser les méthodes de gestion de l’Etat, de Renforcer la qualité des administrations publiques et de réussir l’intégration économique et Financière de notre sous région.

Après vingt deux ans de pouvoir Biya,  la crise s’est transformée en banqueroute. La gestion calamiteuse des affaires publique a mis le pays à genoux, nous ne pouvons énumérer un seul domaine de la vie économique et sociale où le bilan pourrait être déclaré positif. Si les ouvriers et les paysans ont été les premières victimes de la gestion Biya, aujourd’hui, en dehors de l’oligarchie régnante, toutes les autres couches de la société souffrent et plus particulièrement les jeunes.

Aujourd’hui encore plus qu’hier, la sortie du pays du système de gestion Biya se pose comme un impératif fondamental nécessaire à la satisfaction des aspirations profondes du peuple Kamerunais. Notre peuple veut sortir de la crise économique et voir le Kamerun prendre la voie du progrès et c’est une lapalissade d’affirmer que seul un régime démocratique, scrupuleusement respectueux du multipartisme politique et des droits de la personne humaine est en mesure de restaurer la confiance. Sans une confiance restaurée, aucune sortie de crise n’est à espérer.

Le régime RDPC présente l’effondrement l économique nationale comme une fatalité, on fait croire au peuple que le Kamerun n’est qu’une victime d’une crise économique mondiale. On peut ainsi se soustraire à la critique et plus grave à l’autocritique. L’échec d’aujourd’hui ne prépare aucun succès à venir puisque ne se sentant pas responsable de la crise, le régime RDPC n’acceptera aucune analyse rationnelle de la situation sociale et économique du pays,  sachant que sa responsabilité sera clairement établie.

Il serait utopique de croire que les choses vont s’améliorer toutes seules. Tout le peuple se doit de le savoir : Biya et son RDPC, en quittant le pouvoir laisseront le Kamerun en faillite.


INTRODUCTION.

Sous ajustement structurel depuis bientôt 20 ans, l’économie du Cameroun sous le régime UNC-RDPC est aujourd’hui une économie sinistrée .
Le régime UNC-RDPC a en effet réussi un véritable exploit en la matière. L’exploit de faire passer un pays potentiellement riche comme le Cameroun, du statut de “pays à revenus intermédiaires” au statut peu glorieux de PPTE.
Cet “exploit” est d’autant plus remarquable que ses potentialités tant humaines que matérielles situaient le Cameroun à l’aube des années 60-70, au niveau des pays comme l’Algérie ou même la Corée du Sud !

Comment cela a-t-il été possible? Et surtout où en est le Cameroun aujourd’hui? C’est ce que nous allons essayer de voir en dressant un  état des lieux  de ce qui tient lieu d’  “économie camerounaise”.

Nous démontrerons qu’une autre politique est possible et que cette politique, appliquée au Cameroun,  non seulement stoppera l’érosion sociale mais permettra au pays de prendre la voie du progrès.


I. ATOUTS ET RICHESSES DU CAMEROUN.

Avant toute chose, il n’est pas inutile de passer en revue quelques-uns seulement des nombreux atouts de ce beau et riche pays que Biya et le RDPC sont occupés à brader.

A. SITUATION GEOGRAPHIQUE ET RESSOURCES NATURELLES.

1. Géographiquement, le Cameroun avec ses 400 km de côtes, est logé dans cette niche favorable - à tous points de vue- de la côte atlantique que constitue le Golfe de Guinée.
Comme par ailleurs le pays s’étire en longueur (à partir de cette niche) entre le 2e et le 18 e degré de latitude Nord (jusqu’au Lac Tchad), il ne faut pas être un expert en géo-économie pour réaliser que le Cameroun constitue à la fois une charnière (entre l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique Centrale et l’Afrique australe) et une plate-forme de navigation trans-atlantique.

2. Du point de vue climatique, le cliché touristique de “Cameroun, Afrique en miniature”, pour stéréotypé qu’il soit, n’en reste pas moins un atout favorable à une agriculture diversifiée. Or, la mise en valeur de ses nombreux sols fertiles est loin d’être optimale. Une telle agriculture ferait du Cameroun le “grenier” de l’Afrique occidentale, sahélienne et centrale.

3. Le système hydrographique relativement fourni (principalement: Cross River, Mungo, Wouri, Sanaga, Nyong, Ntem pour l’Ouest et le Sud, Benoué, Logone et Chari pour le Nord) offre des potentialités hydro-énergétiques intéressantes.

4. Quant à la forêt tropicale couplée au climat humide de cette zone, il a fallu les scandales à répétition de la déforestation et du pillage criminel du patrimoine forestier (pillage commis par la mafia françafrique avec la complicité du clan Biya) pour que l’opinion publique nationale et internationale prennent conscience de la richesse (en qualité et en quantité) des ressources forestières du Cameroun.
Le bois camerounais constitue en tous cas un potentiel de bois-énergie d’autant plus intéressante que cette forme d’énergie a sur le pétrole l’avantage de faire  partie des  ENR (Energies Nouvelles et Renouvelables). Or, dans ce domaine, le Cameroun en est encore à l’étape artisanale c’est-à-dire du bois de ramassage lors des défrichements ou des rechutes de bois récupérées par les exploitants forestiers. (A notre connaissance, il n’existe pas de plantations de bois en matière ligneuse à des fins de production de bois-énergie).

5. Minerais et matières premières autres que le pétrole.
L’une des caractéristiques du Cameroun de Biya, c’est que le sous-sol du pays recèle de plusieurs minéraux inexploités (Fer, bauxite, cobalt, nickel,  or, diamant, saphirs, rutile, etc.). Sans oublier le gaz ! Et quand ils le sont, c’est de façon artisanale ou dans un contexte d’opacité qui n’a rien à envier à celle qui règne autour du pétrole.

B .INDICATEURS DEMOGRAPHIQUES ET RESSOURCES HUMAINES.

1. Estimations et tendances.

S’il y a un domaine où l’incurie du régime est catastrophique pour ses implications économiques, c’est bien celui de la démographie en général et des ressources humaines en particulier.
Or, pour tout pays tant soit peu soucieux du développement, les ressources humaines constituent la plus importante et la meilleure des “matières premières”.
Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour évaluer la population camerounaise entre 16 et 17 millions au moins.
En fait, les seuls chiffres objectifs et fiables datent de 1976 et 1987, dates des derniers  recensements qui donnaient respectivement 7.663.246 habitants et 10.493.655 habitants.
Tablant sur un taux d’accroissement annuel de 2,89 % entre 1976 et 2004, cette population était estimée à 15,5 millions d’ha en 2001 et à 16 millions d’ha en 2002.
Le taux d’accroissement démographique depuis 2002 étant plutôt proche de 3,0 % que de 2,89 %, on peut estimer la population du Cameroun aujourd’hui (2006) à environ 18 millions d’habitants.

2. Principales caractéristiques démographiques du Cameroun.

Parmi les principales caractéristiques de cette population, relevons les plus pertinentes du point de vue de leur impact sur le développement économique.

 Un taux d’accroissement annuel relativement élevé, de l’ordre de 3,0 %.

 La pyramide des âges simplifiée se présente comme suit :  

•    Population de moins de 15 ans............................................................44, 0 %
•    Population de 15 et 64 ans..................................................................52,8 %
•    Population de 65 ans et plus.................................................................3,2 %
Quand on sait par ailleurs que la tranche d’âge de la population de 15 à 24 ans représente 20 %  de la population (soit 3.600.000 personnes aujourd’hui), il s’avère que les 2/3 (soit 12.000.000 de personnes !)de la population camerounaise ont aujourd’hui moins de 25 ans !

 Le taux de la population active est de 40,5 %

 Le taux d’alphabétisation de la population adulte se situait autour de 32,0 % en 2001.

 Quant au taux de scolarisation, il est passé de 67,5 % en 1976 à 73,1 % en 1987, puis à 76,3 % en 1996 et à 78,8 % en 2001.

 
 La distribution spatiale ville/campagne de la population met en relief un phénomène lourd d’implications en matière de politique économique pour un pays comme le Cameroun: ce phénomène a pour nom l’exode rural !
En effet, aux recensements de 1976 et 1987, le Cameroun comptait encore respectivement 71,5 % et 62, 2 % de sa population en zone rurale.
Or, ces chiffres se situaient  à 65,2 % en 2001 et entre 55 % et 50 % en 2002 (soit un taux d’urbanisation de 45 % à 50 %.
Si bien qu’aujourd’hui, le rapport population rurale / population urbaine doit être inversée par rapport à ce qu’il était lors du dernier recensement.

 Autres indicateurs démographiques pertinents du point de vue du développement économique/
•    La mortalité  infantile qui était encore à deux chiffres au dernier recensement de 1987 (82,9 pour mille) et dont l’estimation la plus récente (1998 ! ) se situait encore  à 77,0 pour mille.
•    L’espérance de vie à la naissance était estimée à 59 ans en 2002 (projection de l’Annuaire Statistique, Edition 2004) , mais en réalité l’espérance de vie à la naissance est plus proche du chiffre du recensement de 1987, c’est-à-dire 54,3 ans ! 

3. Les partenaires sociaux au Cameroun.

Le dernier atout du pays en matière de politique économique est constitué par les partenaires sociaux de l’Etat que sont les patrons et les syndicats.

 Le Groupement Interpatronal du Cameroun (GICAM).
Crée en 1957, le GICAM, après une période de léthargie, est devenu sous la houlette de son ancien Président, Monsieur André SIAKA (aujourd’hui remplacé par Monsieur Olivier BEHLE), un partenaire incontournable de l’Etat et des Organisations internationales en matière économique.
Le GICAM est en tous cas devenu l’association patronale la plus représentative du secteur privé au Cameroun.
En 1997, les Entreprises membres du GICAM représentaient 63 % du chiffre d’affaires, 66 % des effectifs déclarés et 64 % des salaires versés déclarés.

 Place et rôle des syndicats.
Le syndicalisme, pour le gouvernement de Biya est perçu comme un adversaire. Tout a été mis en oeuvre pour le domestiquer. Du coup, peu de travailleurs, du public comme du privé, prennent le risque de se syndiquer. Ils ont peur d’être mal vus par leurs employeurs.
Or, les syndicats sont avant tout des partenaires et doivent à ce titre être considérés comme des “opérateurs économiques” servant d’aiguillons pour un développement économique respectueux de l’environnement et de l’outil de production, et cela au bénéfice du bien-être des camerounais.
Reconnus par la Constitution, les droits syndicaux sont quotidiennement niés par le pouvoir-RDPC.
C’est ainsi par exemple que, devant la volonté de la Confédération des Syndicats de Travailleurs du Cameroun (CSTC) de défendre effectivement les intérêts des travailleurs face à leurs employeurs, le Gouvernement-RDPC n’a pas hésité à créer un syndicat jaune.    

 
II.  ETAT DES LIEUX DE “L’ECONOMIE DU CAMEROUN”.

“En 2005, la PERFORMANCE de la croissance du Cameroun, estimée à 2,8 pour cent du PIB (contre 3,5 pour cent en 2004), a été médiocre. L’année 2005 a constitué une année d’austérité  budgétaire après les dérapages enregistrés en matière de finances publiques en 2004, qui avaient abouti à un nouveau report du point d’achèvement de l’Initiative PPTE.  Les dérives de l’année 2004 ont mis en exergue les carences du pays dans le domaine de la gouvernance et ont montré que des considérations de politique intérieure pouvaient déboucher sur des remises en cause des engagements pris par les autorités sur le plan économique.” 

C’est par ce discours elliptique (marqué au sceau bien reconnaissable de la langue de bois néolibérale) que s’ouvre le Rapport annuel de l’OCDE  consacré au Cameroun et intitulé “Perspectives économiques en Afrique 2005/2006, Etudes par pays - CAMEROUN.”  Comme on peut le remarquer, ce Rapport est relativement récent puisqu’il a été publié le 18 mai 2006, soit deux semaines à peine avant l’annonce officielle de l’atteinte du Point d’achèvement. (Dans la citation, c’est nous qui soulignons, mais les majuscules de “performance” sont de L’OCDE  ).
 
Comme avec toute langue étrangère qu’on ne maîtrise pas parfaitement, il faut d’abord traduire ce charabia qui se veut “technique”. On s’aperçoit alors que cette langue de bois déploie tant d’énergie sémantique pour dire (ou cacher au peuple camerounais) une chose très simple. A savoir que le Cameroun de Biya n’a pas de politique économique souveraine!
Depuis près de 20 ans en effet, ce qui tient lieu de “politiques économiques” au Cameroun, ce sont des véritables plans de liquidation successifs conçus et élaborés année après année par les institutions de Breton Woods (IBW par la suite), c’est-à-dire le FMI et la Banque Mondiale. Ces dernières, de “bailleurs de fonds” qu’elles étaient,  il n’y a pas si longtemps, sont devenues des “partenaires au développement”.
Ces “politiques” font en réalité partie d’un mécanisme subtil de domination, de  re colonisation et de pillage via  l’escroquerie de la dette !

A. UNE  MISERE  SANS NOM  MAQUILLEE PAR DES “INDICATEURS ECONOMIQUES”  SANS SIGNIFICATION

Avant de passer en revue quelques “indicateurs économiques”, une remarque préalable et fondamentale  s’impose. Cette remarque se résume par une seule question: Que valent les “indicateurs économiques”  d’un PPTE ?
Déjà,  dans une économie autonome (c’est-à-dire souveraine), les “indicateurs économiques” (PIB, Taux de croissance, Grands équilibres, etc.) doivent être interprétés avec beaucoup de précautions. Quand il s’agit d’un pays sous concordat des IBW comme l’est le Cameroun de Biya, qui plus  est, un PPTE, ces “indicateurs” sont à trente-six milles lieues de la réalité économique et sociale que vivent les populations.
Ainsi, si nous prenons le seul exemple de la “croissance”, exprimée en augmentation de  2,8 % du PIB en 2005 (en recul par rapport à 2004 où elle était de 3,5 %), il s’agit en fait d’une croissance négative. Pour la simple et bonne raison que cette croissance est inférieure au taux de croissance démographique qui est de l’ordre de 3,0 % par an depuis 2001 ! Or, une croissance négative ça s’appelle une récession.
C’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous limiterons au strict minimum pour ces “indicateurs”.
L’autre raison tient à l’état lamentable des statistiques du Cameroun de Biya. L’exemple le plus cocasse à cet égard est celui du recensement de la population dont le dernier en date est encore et toujours le RGPH  de...1987 !( Recensement Général de la Population et de l’Habitat )
A cet égard, on peut dire qu’à quelque chose malheur est bon. Avec l’éligibilité dans le groupe des PPTE et l’obligation de rédiger des DSRP (Document de Stratégie et de Réduction de la Pauvreté )  à usage des IBW et accessoirement pour le suivi des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement ), le régime Biya a bien été obligé de mettre en place ce qu’il appelle lui-même un Programme Statistique Minimum (PSM ). En principe donc, on peut espérer une certaine amélioration dans ce domaine.    
De façon plus concrète, ces fameux “indicateurs” ne reflètent pas la dégradation du niveau de vie de la majorité des camerounais. Or, cette dégradation est réelle.

B. LES VERITABLES INDICATEURS DE L’ECONOMIE DU CAMEROUN.

Si l’on veut avoir une idée plus ou moins exacte de “l’économie du Cameroun”, il faut se fier à des indicateurs composites tels que l’IDH (Indicateur du Développement Humain) ou l’IPH (Indicateur de la Pauvreté Humaine), publiés chaque année par les services du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) depuis 1989.
Ces indicateurs composites ont le mérite de combiner les indicateurs économiques classiques avec des indicateurs sociaux tels que l’espérance de vie à la naissance, le niveau de scolarisation de la population adulte, le pourcentage de la population n’ayant pas accès aux services de santé primaire et à l’eau potable, le pourcentage des enfants de moins de 5 ans victimes de malnutrition, etc.
Pour faire bref et en ce qui concerne le Cameroun du régime UNC-RDPC, quand Paul Biya arrive au pouvoir (1981), 40 % de la population camerounaise sont considérés comme pauvres. Aujourd’hui, environ 52 % de la population vivent “en dessous du seuil de pauvreté”. 
Et pour rester dans l’actualité, le dernier Rapport Mondial sur le Développement Humain du PNUD (RMDH 2005 ) place le Cameroun dans la dernière catégorie  des pays sur l’échelle mondiale des IDH..., plus exactement, au 148e rang sur cette échelle (contre 141e rang en 2004, c’est-à-dire une régression de 7 places) !
Quand on sait que ce Rapport comporte en tout et pour tout 177 pays, il est plus facile de citer les pays qui se trouvent derrière le Cameroun ( Lesotho, Djibouti, Mauritanie, etc ) que ceux qui se trouvent devant lui.
Mais les optimistes et autres partisans des “grandes ambitions” du RDPC vous diront que le Cameroun est quand même classé 3e de la dernière catégorie, juste derrière le Swaziland (147e) et Madagascar (146e) qui mène le peloton des cancres de la classe ! Et que ce n’est déjà pas si mal “dans un contexte dominé par la mondialisation”. Et si par pur concours de circonstances le Cameroun venait à gagner 4 ou 5 places dans le prochain Rapport annuel du PNUD ( le Rapport 2006), cet “exploit” serait fêté aussi bruyamment que l’a été dernièrement l’atteinte du “Point d’achèvement” de l’IPPTE...!

C. LES “INDICATEURS ECONOMIQUES” EN QUESTION.

Les grandes tendances socio-économiques brossées en pointillés ci-dessus sont plus parlantes et en tous cas plus proches  du vécu des populations que des grands Tableaux et autres indicateurs économiques.
 
Ceci  ne veut pas dire que nous allons écarter ces “indicateurs” d’un simple revers de la main. Pas du tout. Mais nous nous limiterons au strict minimum pour des raisons que nous avons déjà signalées ci-dessus.
Nous prendrons surtout soin de traduire tant que faire se peut, la langue de bois qui enrobe généralement ces “indicateurs”. Ainsi par exemple, pour prendre le Rapport annuel de l’OCDE déjà cité,
- “performance” - en minuscules ou en majuscules ! - (de l’économie du Cameroun) veut dire le bilan (négatif ou positif) de cette économie; 
- les “carences du pays dans le domaine de la gouvernance” est une formule elliptique pour dire corruption; 
- “contrasté” ( ou “mitigé” ) veut dire échec en termes de résultats ou des objectifs attendus;
- “ajustement structurel chaotique” veut dire dégâts économiques et sociaux des politiques économiques prescrites par le FMI;
- “dans un contexte dominé par la mondialisation” est un bout de phrase quasi-magique pour dire abandon de souveraineté nationale, surtout quand il émane du RDPC et autres  supplétifs locaux des IBW

1-C. Le budget de l’Etat.
Le budget est sans doute le meilleur révélateur de la politique économique d’un Etat souverain:
•    - de sa conception à sa réalisation en passant par son adoption par le Parlement;
•    - tant par son volume que par sa structure ( la nature et les sources des recettes, les affectations des dépenses, etc).

a)  Le volume du budget.
Commençons donc par examiner l’évolution du volume global du budget du Cameroun de Biya telle que synthétisée dans le Tableau-1 ci-dessous.

Tableau-1.  Evolution du budget du Cameroun sur une période de 10 ans (1994-2004)
 
Evolution du budget du Cameroun (en milliards de francs CFA)
Année 94/95 95/96 96/97 97/98 98/99 99/00 00/01 01/02 2003 2004
Montant 580 682 1113 1256 1230 1297 1476 1545 1617 1617

Ce Tableau montre que sur une période de dix ans, le budget du Cameroun a presque triplé alors qu’ on ne peut pas dire que  le revenu du “camerounais moyen” se soit  amélioré dans les mêmes proportions pendant la même période (que du contraire)! 

b) Financement du budget.

Quant au  mode de financement du budget, il met en relief un phénomène qui est en train d’étouffer littéralement la création de richesses au Cameroun, c’est le fardeau fiscal. C’est ce que met en relief le Tableau-2 ci-dessous.

Tableau-2 Nature des recettes dans le budget du Cameroun: Période 1999 - 2004. ( En millions de francs CFA , uniquement en Prévision)

  1999/2000 2000/2001 2001/2002 2003 2004
Recettes fiscales:
( % Total recettes de l’Etat )

Droits de douane

Impôts et taxes

Recettes non fiscales:

Recettes des domaines

Recettes pétrolières

Recettes des services

Remboursements des prêts

Reversements et cautionnements

Produits des valeurs mobilières

Retenues pensions sur salaires

Recettes de privatisations...

Autres recettes:

Emprunts extérieurs

Avances non remboursables

Budget annexe des P & T

Total recettes de l’Etat
753.000
( 58, o % )

287.000

466.000

223.213

2.000

130.000

22.000

3.000

2.613

3.000

20.000

40.000

321.425

289.000

10.000

22.425

1.297.000
853.681
( 57,8 %)

296.000

539.000

357.000

2.000

271.000

26.000

2.000

2.000

6.000

23.000

25.000

284.000

278.000

6.000

...

1.476.000
934.000
(60,0 %)

299.000

635.000

420.000

2.500

227.000

30.000

1.900

3.600

6.000

24.000

125.000

191.000

154.000

37.000

...

1.545.000
1.046.500
( 69,4 %)

339.000

707.000

293.000

1.500

219.000

31.500

500

3.500

5.000

28.500

4.000

169.000

126.000

43.000

...

1.509.000
1.112.000
(68,8 %)

354.000

758.000

335.000

2.000

256.000

34.000

1.000

5.000

7.000

30.000

...

170.000

120.000

50.000

...

1.617.000

Non seulement le régime Biya est complice d’un véritable hold-up des Entreprises publiques hold-up baptisé privatisations, mais le fruit du travail des camerounais (PME, entrepreneurs, commerçants, agriculteurs, artisans et autres opérateurs économiques nationaux) est confisqué par un second hold-up, un hold-up fiscal celui-là!
Pour bien souligner l’ampleur de ce hold-up fiscal, nous avons indiqué entre parenthèses ce que cela représente en pourcentage du “Total des recettes de l’Etat”. On s’aperçoit alors que ce hold-up frise les 70 % comme en 2003 (69,4 % exactement)!

Plus grave et à côté de ce “hold-up fiscal” bien visible, il existe cet autre phénomène ( invisible lui, parce que n’apparaissant sur aucun Tableau des “indicateurs économiques”, mais bien connu des camerounais ), c’est le “harcèlement fiscal”, c’est-à-dire la multiplication des contrôles fiscaux et douaniers arbitraires et abusifs par les agents et fonctionnaires du RDPC !

Enfin, on notera que dans ce Tableau, ces “Recettes fiscales” se décomposent en “Droits de douane” d’une part et en “Impôts et taxes” pour la plus grosse part, ce qui veut dire que ce ne sont pas seulement les opérateurs économiques nationaux qui sont touchés, mais tout camerounais vivant d’un revenu déclaré...

c) Les dépenses budgétaires.
Si maintenant on regarde la ventilation de ce budget suivant les différents postes, il y a des caractéristiques qui sautent aux yeux.( Voir Tableau-3 ci-dessous )

Tableau-3
 

Evolution de quelques chapitres significatifs du budget: Periode1994-1999
(en milliards de francs CFA)
  94/95 95/96 96/97 97/98 98/99
Services généraux
Défense
Police et justice
Education
Santé
Sécurité sociale
Logement
Sport et culture
Energie et mines
Agriculture, forêt et pêche
Travaux publics, transport et communication
Autres
73
58
3
78
21
3
10
5
2
26
17
264
53
58
30
95
24
3
7
6
2
29
36
305
60
57
47
94
30
4
11
7
3
41
49
299
58
73
47
85
25
3
7
7
1
22
29
299
65
83
55
102
31
4
9
8
1
25
37
282

La comparaison des budgets des différents chapitres montre clairement où sont les priorités du pouvoir RDPC. Sûrement davantage du côté des services de sécurité que de celui de la santé et de l’éducation des camerounais.

L’évolution du budget de chacun des chapitres du Tableau-3 est tout aussi significative. Ainsi:

·                      Le budget de la défense est passé de 58 milliards de francs en 1994/95 à 83 milliards en 1898/99, soit une augmentation en valeur absolue de 25 milliards, soit 43 %.

·                      Le budget de l’éducation est passé de 78 milliards de francs en 1994/95 à 102 milliards en 1998/99, ce qui fait une augmentation en valeur absolue de 24 milliards, 30, 75 %.

·                      Le budget de la santé, lui, pendant la même période, est passé de 21 milliards à 31 milliards. L’augmentation est de 10 milliards en valeur absolue, soit 47,60 %.

Les chiffres sont encore plus éloquents si on réalise un “gros plan” sur un secteur aussi fondamental pour le développement qu’est l’éducation et cela sur une plus longue période comme l’indique le Tableau-4 ci-dessous qui se passe de commentaire.

Tableau-4:

                   
  Unité 92/93 93/94 94/95 95/96 96/97 97/98 98/99 99/00
Dépenses d’éducation par rapport aux dépenses publiques totales % 15,9 15,4 10,8 9,5 9,5 6,8 8,8 8,8

Ces quelques exemples montrent en faveur de qui est conçu le budget de l’Etat du Cameroun. Manifestement, le camerounais n’est pas la préoccupation principale du régime UNC-RDPC. Ni le Cameroun d’aujourd’hui (en matière de santé et de sécurité sociale), ni le Cameroun de demain, c’est-à-dire la jeunesse comme l’illustre la modicité des moyens consacrés à l’éducation et le Tableau-5 ci-dessous que d’aucuns trouveront hors sujet économique et pourtant...!

Tableau-5

                     
  89/90 90/91 91/92 92/93 93/94 94/95 95/96 96/97 97/98 98/99
A

B

C

D

E
1939908

457 128

29 457

51

51
1963671

499 780

34 180

51

51
1920985

549 121

44 551

46

51
1871265

551 298

42 320

44

52
1840995

547 196

42 211

46

53
1874873

592 980

42 199

47

53
1931129

608 242

42 484

45

49
2007192

563 989

44 553

49

51
2073266

626 053

61 344

49

53
2237083

698 669

nd

50

nd

A = Nombre d’élèves dans le primaire. B = Nombre d’élèves dans le secondaire. C = Nombre d’étudiants dans le supérieur. D = Nombre moyen d’élèves par classe dans le primaire. E = Nombre moyen d’élèves par maître dans le primaire.

2-C. L’évolution du nombre de salariés par secteur d’activité.
La période considérée va de 1994 1999. Les secteurs considérés sont entre autres:
• Les services de sécurité (services généraux, Défense, et Police + justice).
• L’éducation.
• La santé
• Etc. (Voir Tableau-6 ci-dessous).

Tableau-6.

Nombre de salariés de l’Etat par secteur d’activité
(Période: 1994 - 1999)
  94/95 95/96 96/97 97/98 98/99
Services généraux

Défense

Police et justice

Education

Santé

Sécurité sociale

Logement

Sport et culture

Energie et mines

Agriculture, forêt et pêche

Travaux publics, transport et communication

Autres

Total
28.708

23.428

2.727

52.099

15.202

2.338

2.419

3.378

546

12.402

9.061

13.496

165.804
24.988

28049

2.533

52.351

14.728

2.143

2.329

3.364

526

2.143

8.839

11.283

163.277
247.90

28021

2.469

53.128

14.227

2.021

2.250

3.125

509

11.405

8.568

10.434

160.297
23.165

30.085

2.372

54.570

13.989

1.962

2.181

4.6971

488

10.995

7.181

10.192

161.851
22.861

30.651

2.379

56.140

13.661

1.899

2.068

4.666

467

10.636

6.324

9.856

161.608

A partir des chiffres de ce tableau, faisons seulement trois comparaisons:
• Le personnel de la défense est passé de 23.428 agents en 1994 à 30.651 en 1999. L’augmentation en valeur absolue est de 7.223 agents, soit 30,80 %.
• Le personnel de l’éducation est passé de 52.099 agents en 1994 à 56.140 en 19999. L’augmentation est de 4.041 agents en valeur absolue, soit 7,75 %.
• Pour la même période, le personnel de santé est passé de 15.202 agents à 13.66. La diminution est de 1.541 agents en valeur absolue, soit -10 %
Ce constat se passe aussi de tout commentaire.

3-C. L’évolution du PIB du Cameroun.
a) Entre 1996 et 2001.
Selon les services de la BEAC, le PIB (Produit Intérieur Brut) national du Cameroun est passé de 5.098 milliards de francs en 1996/1997, à 5.435 en 1997/1998, 5.709 en 1998/1999 puis à 6.309 en 1999/2000 et enfin à 6.842 milliards de francs en 2000/2001.
Entre 1996 et 2001, le PIB a donc augmenté en valeur absolue de 1.744 milliards de francs, soit 34,20 %.
Pendant la même période, le PIB par habitant, exprimé en dollars US, est passé de 674,9 $ en 1996/1997, à 638 $ en 1997/1998, 668,4 $ en 1998/199, puis à 644,9 $ en 1999/2000 et enfin à 668,1 $ en 2000/2001.

Entre 1996 et 2001, le PIB par habitant, en dollars US n’a pas cessé de diminuer. De 674,9 $ en 1996, il est passé à 668,1 $ en 2001, ce qui fait une diminution de 6,8 dollars US en valeur absolue, soit -1 % ...seulement, serait-on tenté de dire. En réalité, si on tient compte de l’inflation pendant la même période (0,6 % en 1996, 4,6 % en 1997, 3,2 % en 1998, 1,9 % en 1999, 1,0 % en 2000 et 4,0 % en 2001, ce qui fait une inflation cumulée de 15,9 %, la diminution du PIB par habitant, traduite en termes de pouvoir d’achat pour le camerounais est de (16, 9 % + 1,0 %) = 17,9 % !
L’augmentation du PIB national signifie qu’il y a eu une certaine croissance. Mais la diminution du PIB par habitant est la preuve que les camerounais n’ont pas profité de cette “croissance”.
Signalons que pour l’année 2000, dans la zone CEMAC, en ce qui concerne le revenu par habitant, le Cameroun avec 668 $ US par habitant, n’arrive qu’en 4e position, loin derrière le Gabon (3.892 $ US par habitant), la Guinée Equatoriale (2.265 $ US par habitant) et le Congo-Brazzaville (880 $ US par habitant.

b) Entre 2001 et 2006.
Si on considère maintenant une période plus récente (par exemple la période 2001-2006), on obtient, toujours d’après les mêmes sources (services statistiques de la BEAC), les données du Tableau-7 ci-dessous:

Tableau-7

Evolution du PIB du Cameroun. Période: 2001-2006
  2001 2002 2003 2004 2005 ( Estim.) 2006 ( Prévi.)
PIB nominal (en milliards de FCFA)

PIB nominal hors-pétrole (idem)

Pop. ( en millions d’habitants )

PIB par tête d’habitant ( en $ US)
7061,5

6711,8

15,5

622
7583,2

7246,0

15,9

686
7975,6

7656,4

16,3

843
8831,4

8304,7

17,2

1031
8802,9

8358,8

17,7

972
9371,8

8825,0

18,2

984

Si on se focalise sur la dernière ligne du Tableau-7, on peut penser qu’il y a une certaine amélioration du PIB/habitant entre 2001 et 2005. Mais cette “amélioration” doit être tempérée par plusieurs paramètres:
• Primo, cette “amélioration” doit être pondérée par l’inflation cumulée de la même période qui est de 10,6 % (4,6 % en 2001, 2,8 % en 2002, 0, 6 % en 2003, 1,0 % en 2004, et 1, 6 % en 2005).
• Secundo, le PIB/habitant n’est jamais que le résultat d’une division arithmétique (du PIB national par la population) qui ne se traduit pas nécessairement par une amélioration du niveau de vie du camerounais. A preuve pour les sceptiques l’évolution du Cameroun sur l’échelle de l’IDH du PNUD pendant la même période.
• Par ailleurs, comme les sources de la BEAC ne précisent pas si le PB/habitant est calculé à partir du PB national avec ou hors pétrole, et quand on sait l’opacité qui règne au Cameroun en matière de revenus pétroliers, les calculs et estimations du PB/habitant de la BEAC sont à prendre avec beaucoup de précautions.

4-C. L’évolution du commerce extérieur du Cameroun.

“ Dans un contexte dominé par la mondialisation”, à l’heure de “tout à l’exportation”, de “l’ouverture des marchés du Sud aux produits des pays du Nord”, de la “concurrence libre et non faussée” et autres inepties néolibérales, le commerce extérieur est sans nul doute le domaine d’activité économique à travers lequel on peut mesurer le degré d’extraversion d’une économie dite “nationale”
Le Tableau-8 de la page suivante rassemble les principaux indicateurs relatifs au commerce extérieur du Cameroun de Biya. La période concernée couvre 1998 à 2002. Ce n’est pas la plus récente, mais c’est celle qui est disponible dans la pourtant dernière édition de l’Annuaire Statistique du Cameroun (édition 2004 !).
Ce Tableau appelle trois commentaires, sur trois aspects d’une économie extravertie:
• La première caractéristique est bien sûr la part prépondérante des matières premières (“produits bruts” + “pétrole”) dans les exportations, pouvant friser les 70 % comme en 1999 (69,57 % exactement, i.e. 34,8 + 34,77) !
• La deuxième caractéristique est la dégradation constante de la balance commerciale à partir de 1999. Cette balance commerciale est carrément déficitaire pour les deux années 2001 et 2002 !
• La troisième caractéristique n’apparaît pas directement dans ce Tableau et pour cause: elle est masquée. Et pourtant c’est la caractéristique la plus éloquente pour illustrer une économie extravertie. Alors nous allons faire un effort pour la démasquer. Chacun de nous entend toujours siffler dans ses oreilles - même quand il dort -, les sirènes et fables néolibérales sur l’une des multiples raisons de la “marginalisation” de l’Afrique en général (et donc fatalement du Cameroun) par rapport au “train” (ou à l’ “autoroute”) de la mondialisation. Chiffres incontestables à l’appui (l’Afrique intervient pour 1 à 2 % maximum dans les échanges mondiales), ces sirènes en déduisent que c’est parce que l’Afrique en général (et donc fatalement le Cameroun) n’est pas assez intégrée dans le Marché mondial ! Et de prescrire comme remède le dogme néolibéral de “tout à l’exportation”. Seulement voilà, tous les économistes sérieux (contrairement aux talibans néolibéraux du FMI et de la Banque mondiale ) vous diront que le meilleur indicateur pour mesurer le degré d’intégration de l’économie d’une région ou d’un pays dans le Marché mondial, c’est la part du commerce ( Exportations + Importations ) exprimé en % du PIB de la région ou du pays concerné. Reprenons donc le Tableau-8 en ce qui concerne le Cameroun et arrêtons-nous un instant sur l’année 2001 par exemple. Le commerce du Cameroun (Exportations + Importations) s’est élevé à 2638,669 milliards de FCFA. La même année, le PIB du Cameroun était de 7583,2 milliards de FCFA (voir Tableau-7 plus haut). Le degré d’intégration du Cameroun dans le Marché mondial est donc de: (2638,669/7583,2) * 100 = 34,796 = 34,8 % du PIB ! Pour savoir si le Cameroun est suffisamment intégré dans le Marché mondial, il suffit de savoir que ce rapport se situe autour de 12 à 13 % pour l’Europe, entre 13 et 14 % pour les Etats-Unis, 15 à 16 % pour l’Asie (Chine comprise) et 24 % pour l’Amérique latine. Le problème n’est donc pas de savoir si l’économie de l’Afrique en général (et donc fatalement du Cameroun) est assez ou non “intégré dans le Marché mondial”, mais comment ? Les pays qui nous prescrivent le “tout à l’exportation” consacrent au maximum 15 % de leur PIB à “l’intégration dans le Marché mondial” c’est-à-dire à la “mondialisation”. Mais cela veut surtout dire que 85 % de leur PIB (résultat de leur activité économique globale) sont consacrés à leur propre développement intérieur. En un mot, ce sont des économies souveraines.

Tableau-8:

Evolution de la balance commerciale et de la composition des échanges du Cameroun
( Période: 1998-2002. Valeur en millions de Francs CFA )
  1998 1999 2000 2001 2002
Total exportations

Total Exportation hors pétrole

Part du pétrole dans les Exportations (en %)

Part produit industriel dans les Exportations (en %)

Part des produits bruts dans les Exportations (en %)

Total importations

Total Importations hors pétrole

Part Produit brut min. dans les Importations (en %)

Part Produits semi-finis dans les Importations (en %)

Part Produits finis dans les Importations (en %)

Part Produits d’équipement dans les Importations (en %)

Balance commerciale

Balance commerciale hors pétrole

Taux de couverture des Importations par les Exportations

Taux de couverture hors pétrole
985 827

685 720

30,44

31,33

38,22

881 782

790 488

10,94

16,2

26,3

46,6

104 045

-104 768

111,8 %

86,7 %
985492

642 486

34,8

30,42

34,77

811 226

701 019

13,97

18,9

28,4

38,7

174 266

-58 534

121,5 %

91,7 %
1 178 597

597 576

49,3

28,56

22,14

1 052 203

834 233

21,06

15,4

27,2

36,4

126 394

-236 657

112,0 %

71,6 %
1 281 902

688 468

47,3

30,7

22,0

1 356 767

1 141 204

16,3

14,9

25,2

43,7

-74 865

-452 735

94,5 %

60,3 %
1 252 866

679 467

45,8

26,5

24,2

1 294 971

1 146 720

14,7

15,2

24,7

45,4

-42 106

-467 253

96,7 %

59,3 %

D. LA POLITIQUE DE PRIVATISATION.
En décidant en 1986 la politique de privatisation de certaines Sociétés publiques et parapubliques, le régime Biya assignait à cette opération les objectifs suivants: Citation
• “ Améliorer la productivité et la compétitivité des entreprises.
• Permettre à l’Etat d’augmenter ses ressources budgétaires.
• Permettre à l’Etat de consacrer les ressources disponibles sur des secteurs prioritaires.
• Accroître la participation du secteur privé dans le financement et la gestion des activités économiques.
• Mobiliser l’épargne nationale.
• Favoriser l’acquisition de nouvelles technologies.
• Etablir un partenariat entre l’Etat et le secteur privé.”

Vingt ans après, la vacuité de la plupart de ces objectifs (pour ne pas dire tous ) est tellement évidente que tout commentaire est superflu.
Parmi les 50 entreprises déjà entièrement ou partiellement privatisées, aucune des privatisations jusqu’à présent n’a donné satisfaction. Bien au contraire! Et comme par hasard, les premières entreprises privatisées sont parmi les plus importantes du pays.

L’un des paradoxes dramatiques de la politique de privatisation, c’est que:
• - d’une part les pays africains en général et le Cameroun en particulier, croulent littéralement sous le poids de la dette au point de ne pouvoir faire face aux besoins les plus élémentaires de la population,
• - d’autre part ces mêmes pays sont dépouillés des moyens économiques pouvant leur permettre de faire face à leurs obligations d’Etats souverains y comprise celle de faire face aux fameuses “charges de la dette”.

En ce qui concerne le Cameroun, quand on sait que des sociétés aussi stratégiques que la Régifercam, la SONEL, la SNEC, CAMTEL, le Port Autonome de Douala (PAD), la CAMAIR, ont été livrées à des investisseurs privés, de surcroît étrangers et que très probablement, tel va être bientôt le sort de la CDC et de bien d’autres, on se demande si nos dirigeants sont encore des natifs de ce pays

En plus, comme l’illustre le Tableau-9 ci-dessous, cette privatisation revient à livrer les secteurs -clés des Services publiques à des multinationales étrangères pour des croûtes de pain. Cette privatisation-là ressemble fort à un véritable hold-up dont la première victime n’est autre que le peuple camerounais

Tableau-9:

Hold-up des Privatisations déjà commis au Cameroun par la BM et le FMI
( Période: 1996-2001 )
Date Entreprise Secteur d’activité Actifs réalisés ( millions $ US )
1996

1998

1998

1998

1998

1999

1999

1999

1999

1999

1999

1999

2000

2000

2000

2000

2001
HEVECAM

CAMSUCO

SOCOPALM

CNR

REGIFERCAM

CAMSUCO

COCAM

SEPBC

SOCOPALM

SOCOPALM

SOFIBEL

REGIFERCAM

BICEC

SOCOPALM

CAMTEL Mobile

MTN Cameroon

AES -Sonel
Manufactures et Services

Manufactures et Services

Manufactures et Services

Financier

Infrastructures

Manufactures et Services

Manufactures et Services

Manufactures et Services

Manufactures et Services

Manufactures et Services

Manufactures et Services

Infrastructures

Financier

Autre

Infrastructures

Infrastructures

Infrastructures
41

22

50

..

..

20

..

..

..

..

..

..

9

28

56

60

70

Sources: Privatization Database. http://rru.worldbank.org/

Outre l’aspect dérisoire de la contre-partie en actifs financiers ( dernière colonne à droite ), ce Tableau-9 appelle au moins deux remarques:
• - La première remarque c’est que ce Tableau n’est pas à jour puisque les dernières données chiffrées datent de 2001 et concernent l’AES -Sonel.
• - La deuxième remarque, c’est que ce Tableau brille par l’opacité en matière d’informations fournies pour des institutions qui depuis vingt ans ont fait des termes de “gouvernance” et autres “transparence” des véritables formules magiques. Tout le monde sait que ce sont les technocrates du FMI qui élaborent pratiquement les budgets des PPTE. Quelle serait leur réaction si en examinant l’exécution du budget du Cameroun ils voyaient un poste de dépenses “éducation nationale” revenir deux ou trois fois? Et quelle est la signification des deux points (“..”) en lieu et place du montant d’actifs réalisés ? “ Le franc symbolique” ? “En cours” ? On ne sait pas...!

E. LES FACTEURS DETERMINANTS DES COUTS DE PRODUCTION
(FACTEURS ENERGETIQUES ET INFRASTRUCTURES. DE TRANSPORT)

Le simple bon sens indique qu’à potentialités et ressources égales, le développement et la compétitivité de l’économie d’un pays dépend de la maîtrise des facteurs qui rentrent pour une part importante dans les coûts de production des biens et services .
Il ne faut donc pas être économiste pour reconnaître qu’une bonne gestion des ressources énergétiques et des infrastructures de transport constitue le b-a-ba d’une économie souveraine.

1-E. Le pétrole.
Depuis 1977 et le début de l’exploitation du pétrole au Cameroun par la société Elf-Serepca, le pétrole continue à occuper une place importante dans l’économie du pays. Le pétrole seul contribuait encore pour 4 % du PIB en 2004.
La production estimée en 2005 était de 30,1 millions de barils contre 32,7 millions de barils en 2004, soit une diminution de 8 %.
Au-delà de ces quelques chiffres, la gestion des ressources pétrolières au Cameroun dès le début, doit être un cas unique parmi les pays producteurs de pétrole:

 Officiellement, l’activité du secteur pétrolier est dirigé par la SNH (Société Nationale des Hydrocarbures). La SONARA (Société Nationale de Raffinage) est responsable du raffinage. Enfin, le commerce international du pétrole brut et des produits pétroliers est assuré par Tradex.

 Dans les faits, la gestion des ressources pétrolières se caractérise depuis le début et dans tous les domaines par un mot: l’opacité! Une opacité aussi épaisse que cette matière première surnommée “or noir”. De sa découverte qui est à l’origine de ce qui est connu chez nous sous le vocable de “problème anglophone”, à l’inépuisable différend frontalier à rebondissement de Bakassi opposant soi-disant le Cameroun et le Nigéria:
• - Dès avant la découverte du pétrole au Cameroun, l’UPC était le seul à attirer l’attention des camerounais sur cette fable du “scandale géologique” à l’envers qui aurait voulu que les pays côtiers entourant le Cameroun (Nigéria, Congo-Brazzaville, Gabon) aient du pétrole dans leur sous-sol, mais pas le Cameroun !
• - Aujourd’hui, même si l’épuisement des réserves pétrolières est un phénomène incontestable, il se développe une autre fable, celle de l’épuisement imminent! Depuis 1997 il était déjà annoncé pour.... “l’horizon 2004", alors que non seulement on ne devinait aucun début de déménagement des plates formes de forage, mais cet épuisement semblait moins imminent chez les pays voisins cités ci-dessus et chez qui l’exploitation était plus ancienne et plus intense. Maintenant, il est annoncé pour “l’horizon 2017".

• - La réalité c’est qu’épuisement il y a effectivement (c’est un phénomène naturel), mais pas dans l’ampleur et avec la même vitesse qu’annoncées par les fables de “scandales géologiques ”à l’envers. Malgré cet épuisement inéluctable, notre pays conserve encore des possibilités pétrolières non exploitées.
• - Ce qui par contre est incontestable, c’est ceci: alors que la plupart des gouvernements des pays producteurs de pétrole (exemples l’Angola et le Venezuela) ont transformé cette richesse naturelle non seulement en levier de développement économique et de l’épanouissement de leurs peuples, mais en instrument de souveraineté politique, au Cameroun c’est le contraire.
• - Tout se passe comme si le Cameroun de Biya jouait le rôle de gardien ou de contre-maître pour le compte des compagnies pétrolières étrangères (Total E & P Cameroun, Perenco, Pecten Cameroon Company, etc.), compagnies qui elles-mêmes agissent sous le couvert de leurs Etats d’origine, en tant que sociétés publiques ou para-publiques de ces Etats. En contre-partie, ces Sociétés retro-cèdent un pourcentage (10 %, 15 %, 20 %, 25 % ou plus, personne ne le sait avec certitude) du pétrole ainsi pompé du sous-sol camerounais à la SNH.Celle-ci se charge de la gestion de la petite part du pétrole rétrocédé au Cameroun mais n’en rend compte qu’à la Présidence c’est-à-dire en fait à Biya.
• - Ce pillage déguisé avec la complicité de l’Etat RDPC est illustré par le paradoxe du coût excessif du carburant à la pompe alors que le Cameroun est un pays “producteur de pétrole” avec les conséquence que l’on devine en matière de répercussion sur les coûts de production pour les différents opérateurs économiques.


2-E. Les facteurs énergétiques autres que le pétrole.
Pour rappel, la production d’énergie primaire au Cameroun en 2001/2002 pouvait se ventiler comme suit
• - Produits pétroliers.....................................................................59,24 %
• - ENR : Energie Nouvelle et Renouvelable...................................37,71 %
. (Bioénergie, charbon de bois, biomasses)
• - Electricité...................................................................................3,06 %
En parlant de facteurs énergétiques non pétroliers, nous nous limiterons à l’électricité qui est la source énergétique la mieux connue du public. Comme on peut le remarquer, malgré un certain potentiel hydro-électrique, cette forme d’énergie est marginale dans la production énergétique du Cameroun.

Centrales thermiques.
Le Cameroun ne dispose que de deux centrales thermiques produisant de l’électricité, les deux centrales de Limbé (85 MW) et de Logbaba (13 MW) avec une puissance totale de 982 MW, mais un déficit estimé à 180 MW en 2004.

Centrales hydroélectriques.
Ce sont toujours et encore les deux vieilles centrales situées sur la Sanaga: Edéa (384 MW) Songloulou (264 MW) , qui fournissent 97 % de la production hydroélectrique du pays! L e déficit estimé pour les deux se situait autour de 100 MW en 2004.

Un exemple d’échec de la privatisation par l’AES-Sonel.

Nous ne reviendrons pas sur les campagnes de “délestage” qui ont rythmé la vie de tous les jours des Camerounais en 2004 et 2005.. C’est peut-être le moment de rappeler que l’un des objectifs de la privatisation de l’électricité au Cameroun c’était la modernisation du réseau de distribution et de transport ainsi que la réhabilitation de la vieille centrale d’Edéa.
Or, après plus de 5 ans d’exploitation sous régime de concession d’unités de production existantes, l’opérateur privé AES-Sonel en est toujours à des “projets à l’horizon 2010" et à espérer atteindre une capacité de production proche de 1 500 MW (...pour un pays comme le Cameroun!)
Quant au “tarif social” de l’AES-Sonel, il se situait encore à 50 francs CFA le KW/h, et à près de 80 francs CFA le KW/h pour les PME en 2005 !

3-E. Les infrastructures des transports.
Ici nous allons nous contenter encore une fois de faire appel au Rapport annuel de l’OCDE déjà cité:
“ Les coûts associés au système des transports pour le système productif national étaient estimés à 11 pour cent du total des consommations intermédiaires en 2001. Cette problématique du coût et de la qualité des infrastructures est d’autant plus importante que le Cameroun tient une place à part en matière d’intégration régionale, puisqu’il est un pays de transit pour les pays limitrophes (Tchad, RCA, Congo) de la CEMAC.”
Pour paraphraser un journal de la place analysant le discours de Biya lors du dernier Congrès du RDPC, ce Rapport de l’OCDE “.....parle comme un membre de l’opposition”, mais traduisons cela en langage clair.
 Réseau routier.
D’après l’annuaire statistique édition 2004, le Cameroun comptait en 2001 49 048 km des routes divisées en trois catégories:

(1) 28 025 km de routes rurales dont
• 12 200 km de routes rurales prioritaires et
• 15 826 km de routes rurales non prioritaires.

(2)16 761 km de routes en terre classées (comprenant les anciennes routes nationales, provinciales et départementale ) dont:
• 9 812 km de “routes en terre classées” prioritaires et
• 16 761 km de “routes en terre classées” non prioritaires.

(3)4 261 km seulement de routes bitumées !

La ventilation de ce réseau routier est synthétisée dans le Tableau-10 ci-dessous.

Tableau-10:

Réseau routier du Cameroun par province en 2001
Provinces Routes
bitumées
Routes en terre classées Routes rurales Total
général
Prioritaires Non prioritaires Total Prioritaires Non prioritaires Total
Adamaoua

Centre

Est

Extr.-Nord

Littoral

Nord

Nord-Ouest

Ouest

Sud

Sud-Oues

TOTAL
311

874

346

579

472

440

205

389

429

216

4 261
1 201

1 329

1 240

976

623

752

714

819

1 392

766

9 812
413

1 354

1 419

822

406

1 014

194

308

797

222

6 949
1 614

2 683

2 659

1 798

1 029

1 766

908

1 127

2 189

988

16 761
605

3 725

868

1 195

708

932

1 231

1 498

698

740

12 200
1 208

900

1 165

1 501

1 618

1 147

2 610

2 019

1 882

1 776

15 826
1 813

4 625

2 033

2 696

2 326

2 079

3 841

3 517

2 580

2 516

28 025
3 738

8 182

5 038

5 073

3 827

4 285

4 954

5 033

5 193

3 720

49 048

Comme le montre ce Tableau, c’est un réseau insuffisant, aussi bien en qualité qu’en longueur pour un pays comme le Cameroun. A titre de comparaison, bien des observateurs estiment le réseau routier de la Côte - d’Ivoire ainsi que du Ghana supérieur en longueur et en qualité à celui du Cameroun.
Par ailleurs, il n’y a pratiquement pas de véritables roues transnationales, c’est-à-dire des routes bitumées et...”prioritaires” entre le Cameroun et les pays limitrophes.

Infrastructures portuaires.
Comme dans la plupart des domaines vitaux de l’économie nationale, la politique du régime Biya se caractérise par le morcellement et l’abandon d’un secteur aussi stratégique que le secteur portuaire entre les mains des multinationales privées étrangères.
Pour rappel, les infrastructures portuaires assurent près de 98 % des échanges du Cameroun avec l’extérieur (5, 9 millions de tonnes en 2003 !).
Or, du point de vue institutionnel, la loi d’orientation de 1998 a abouti à un éclatement du pôle public de gestion portuaire en quatre “ports autonomes” (les trois ports maritimes de Douala, Limbé et Kribi, et le port fluvial de Garoua). Ce morcellement préparait en fait le terrain à la privatisation en découpant un secteur stratégique (trop gros à avaler d’un coup par les “investisseurs étrangers”, qu’ils s’appellent Bolloré ou autre)
C’est ainsi que les principales activités du Port Autonome de Douala (PAD) ont été privatisées en 2003/2004 : le terminal à conteneurs concédé au consortium Bolloré (c’est-à-dire Saga, SDV et Socopao) et à Maersk, tandis que les activités de remorquage et de lamanage ont été cédées à la société française Les Abeilles ! Pour se rendre compte de l’étendue du gâchis, on notera que, même morcelé en “ports autonomes”, ça restait encore trop gros à avaler. Il a fallu subdiviser l’activité de chaque “port autonome” en plusieurs morceaux...!

Mais, comme avec toutes les autres privatisations, les “performances” ici aussi (temps de transit pour les importations, tarification, etc.) par rapport aux promesses de tous ces requins multinationaux à qui l’Etat-RDPC a bradé tout un pan stratégique de l’économie nationale sont “contrastées” comme dirait l’autre, c’est-à-dire mauvaises.

Réseau ferroviaire.
Un pays comme le Cameroun ne dispose que de 1 000 à 1 200 km de voies ferrées (voir Tableau-11 ci-dessous)

Tableau-11:

Réseau ferroviaire du Cameroun: longueur des lignes exploitée ( km)
Ligne 98/99 99/00 00/01 01/02 2003
Douala-Ngaoundéré et Ngoumou-Mbalmayo

Douala-Nkongsamba et Mbanga-Kumba

Ensemble du réseau
910,3

96,2

1 006,5
913,0

103,0

1 016,0
913,0

103,0

1 016,0
913,0

103

1 016,0
913,0

103

1 016,0

90 % de ce réseau dérisoire est principalement dédié au fret (1,8 millions de tonnes) , le restant (10 % ) étant dédié au transport de passagers (1 m million de personnes transportées par an ). Sans commentaire.
Rappelons seulement que le réseau ferroviaire est exploité depuis 1999 sous le régime de concession par Camrail (via le groupe Bolloré). Encore un échec de privatisation.

 Les aéroports.
Toujours d’après l’Annuaire statistique du Cameroun (Edition 2004), l’essentiel du trafic aérien est réalisé par sept aéroports: Douala, Yaoundé (Yaoundé-Ville et Yaoundé-Nsimalen), Garoua, Ngaoundéré, Maroua, Bertoua et Bamenda et notamment par Douala et Yaoundé. En 2003, ces 7 aéroports réunis auraient enregistré 1 million de passagers et 20 000 tonnes de fret. La gestion et l’exploitation de ces aéroports étaient assurées jusqu’ici par les Aéroports du Cameroun (ADC).
“Etaient” parce qu’avec la récente liquidation de la CAMAIR et le harcèlement des privatisations à-tout-va du FMI, la question d’une véritable politique souveraine de transport aérien au Cameroun reste entière.

F . LES AUTRES SECTEURS DE L’ACTIVITE ECONOMIQUE

1-F. L’agriculture
L’agriculture occupe en moyenne 75 % de la population active et génère un tiers des ressources budgétaires. Elle participe à hauteur de 30 % au PIB et assure 40 % des exportations hors pétrole.
Du point de vue croissance, l’activité de ce secteur a légèrement fléchi en 2005 (+ 3,9 % contre + 4,2 % en 2005)

2-F. La sylviculture.
En 1998, le domaine sylvestre du Cameroun couvrait 200.000 km², soit 42,2 % de la superficie totale du pays. C’est un secteur qui participe au PIB à hauteur de 2 %.

Nos forêts offrent des centaines d’essence dont 70 sont commercialisées, ce qui est beaucoup. L’exportation vise surtout:
• L’AYOUS, bois blanc, recherché dans la fabrication des contre-plaqués.
• L’AZOBE, un bois dur, imputrescible et résistant à la corrosion marine et donc recherché dans chantiers de construction navale.
• L’IROKO, bois dur utilisé pour la charpente.
• Le SAPELL, un bois rouge particulièrement recherché dans l’industrie du meuble.

Le Tableau-11 ci-dessous synthétise la répartition et la production de grumes entre 1995 et 2000.

Tableau-11:

Evolution et Répartition de la production de grumes par province
( En milliers de m³ )
PROVINCES 95/96 96/97 97/98 98/99 99/00
Est

Sud

Centre

Littoral

Sud-Ouest

TOTAL
1 601

449

448

226

82

2 806
1 940

544

543

274

99

3 400
...

...

...

...

...

...
1 049

331

490

55

13

1 938
828

362

626

113

2

1 931

Ainsi la production de 1996 par exemple représentait 13,5 % en valeur des exportations et contribuait à hauteur de 9 % au PIB du Cameroun.
Entre 1990 et 1997, on estime à 20.000 km² au moins les surfaces déboisées et non reconstituées. Cette situation est le résultat d’une privatisation précipitée et de l’ouverture non maîtrisée aux investisseurs privés internationaux.
Par ailleurs, la législation actuelle favorise les groupes multinationaux face aux exploitants nationaux qui ne recueillent que des miettes de ce marché juteux.

Le tourisme.
Les potentialités du pays dans ce secteur sont très importantes et ne sont pas exploitées de façon efficiente comme le démontrent les quelques chiffres du MINTOUR.
Ainsi, en 1994, il existait environ 589 établissements d’hébergement employant près de 600 personnes, selon les données de MINTOUR qui a aussi dénombré 80 agences de voyages dans tout le pays, employant 500 personnes. On admettra facilement que pour un pays comme le Cameroun présenté par ailleurs comme “l’Afrique en miniature” , ce sont là des chiffres dérisoires.

2-F. Les productions minières.
Comme nous l’avons déjà signalé, notre sous-sol recèle en plus du pétrole (et du gaz d’ailleurs), quelques minerais importants: bauxite, étain, fer, or, rutile, uranium, etc.
Malheureusement, la même remarque concernant la mise en valeur des potentialités touristiques pourrait s’appliquer ici aussi.

De surcroît, la gestion des ressources économiques de ce secteur est caractérisée par une opacité qui n’a rien à envier à celle qui règne dans la gestion des ressources pétrolières!
On est obligé de lire entre les lignes des statistiques officielles pour avoir une idée indirecte de l’importance de l’activité dans ce secteur comme du secteur pétrolier.
Ainsi entre les lignes tu Tableau-12 ci-dessous.

Tableau-12:

Sociétés actives dans l’exploitation des ressources pétrolières et minières
au Cameroun

  Nom de la Société Domaine d’activité Siège et/ou adresse
1

2

3

4

5

6

7

8

10

11

12

13

14

15

16
PERENCO CAMEROON

TOTAL FINA ELF

PECTEN CAMEROON COMPANY

PHILLIPS PETROLEUM COMPANY

EUROIL LIMITED

FUSION OIL AND GAS
NL SCOTT HOUSE

RSM PRODUCTION CORPORATION

SOCIETE NATIONALE DES
HYDROCARBURES ( SNH )

TURNBERRY RESSOURCES INC

AFKO MINING

GEOVIC CAMEROON

SERAK

CAMEROON MINING COMPANY

CIMENCAM

SOCIETE P. ROCAGLIA
Pétrole, gaz.

Pétrole, gaz.

Pétrole, gaz.

Pétrole, gaz

Pétrole, gaz

Pétrole, gaz

----

Pétrole.



Or

Nickel et Cobalt

Rutile

Or, Diamant, Saphirs.

Calcaire, Pouzzolane

Marbre, Calcaires
BP 1225 DOUALA

BP 2214 DOUALA

BP 2273 DOUALA

BP 12532 YAOUNDE

BP 93 DOUALA

46 KINGS PARK ROAD PERTH
WA 6005 AUSTRALIA

5000 SOUTH QUEBEC STREET SUITE 500 DENVER
COLORADO 80237-2707 USA

BP 955 YAOUNDE

14 RUE DE PRONY PARIS

...

...

...

BP 30182 YAOUNDE

...

BP 109 GAROUA

N’allez surtout pas imaginer, d’après leurs “sièges et/ou adresses” respectifs, que Perenco Cameroon, Total Fina Elf, Pecten Cameroon Company, Phillips Petroleum Company, Euroil Limited, etc. sont des sociétés camerounaises.

Quant au domaine d’activité minière de RSM Production Corporation et de Thurnberry Ressources Inc., ça doit sans doute être un secret d’Etat même si le Cameroun n’est pas l’Iran !
Quoi qu’il en soit, rien qu’à partir du nombre de Sociétés répertoriées officiellement dans le Tableau-12, on peut déduire que notre pays recèle en son sous-sol de ressources pétrolières et minières non négligeables.

D’autant plus que ces Sociétés ne sont pas des PME mais des grosses multinationales étrangères dont certaines sont des Sociétés publiques ou para-publiques de ces “pays amis” qui pillent le Cameroun avec la complicité de l’Etat-RDPC.

Après ce regard sur la situation économique du KAMERUN, quelles sont les propositions de l’UPC, pour sortir notre pays de l’état de sinistre dans lequel le gouvernement RDPC de Monsieur Paul BIYA l’a plongé.

«Voir dans la rubrique politique/UPC/Programme »
Vos observations seront naturellement les bienvenues.

 


Comme un roseau,
l’UPC plie mais ne rompt guère.
Le passé l’a prouvé à maintes reprises,
l’avenir le montrera encore avec plus d’éclat.



 

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