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L’art politique de Paul Biya ou comment Satan expulse Satan. Une analyse du Discours du 31 Décembre 2009 I- Libre leçon de René Girard : l’art politique de Satan ou la saga Biya. Le philosophe René Girard a écrit un livre éclairant pour qui veut comprendre la nature d’une pensée et d’une action politique du type que Paul Biya nous donne à voir depuis bientôt vingt huit ans au Cameroun. Girard nous propose une lecture anthropologique du thème de Satan qui nous dépayse de sa représentation comme entité surnaturelle personnifiée. Satan n’est pas une personne mais un mécanisme victimaire impitoyable employé par certaines personnes. Dans Je vois Satan tomber comme l’éclair, René Girard observe que la figure théologico-politique de Satan, c’est l’exploitation des rivalités mimétiques entre humains comme mode de contrôle et de domination des humains. Une rivalité mimétique, c’est un conflit qui naît de la confrontation des individus et des groupes en situation de besoin ou de désir. Dans cette situation conflictuelle, les individus et les groupes sont enclins à mimer tout comportement qui les soulage un tant soit peu de leur souffrance. Le Cameroun est dans cette situation, car une immense majorité de pauvres qui veut vivre y est confrontée à une infime, mais puissante minorité armée de riches bien vivants qui les exploitent et les briment. L’exploitation de cette rivalité, l’art de Satan selon René Girard, consiste justement de la part des dominants à jeter leurs adversaires sur un tiers qu’on culpabilise, pour s’exempter et dégonfler le potentiel critique du conflit sans jamais effectivement le résoudre. L’art politique de Satan, c’est l’exploitation du conflit comme ressource supplémentaire de domination de l’autre, notamment en proposant à l’autre des boucs-émissaires qui servent de victimes expiatoires et exutoires aux revendications légitimes de l’autre. En se défoulant sur ces victimes inventées de toutes pièces pour l’apaiser, l’exploité trouve une satisfaction imaginaire, qui lui permet de supporter son insatisfaction réelle. Ainsi, on dit guérir le mal par le mal. Mais le mal politiquement instrumentalisé survit toujours au mal. Satan fait semblant d’expulser Satan. Mais Satan demeure le maître de la situation. N’est-ce pas exactement ce que révèle une analyse in fine du dernier discours à la Nation de Paul Biya le 31 décembre 2009 ? Cet écrit se propose de l’établir. Suivons scrupuleusement les traces scabreuses du Prince des ténèbres camerounaises. Nous traiterons ici des trois arguments déployés dans ce discours : un argument économique ; un argument politique ; et enfin un argument stratégique, qui englobe en réalité les deux premiers, et qui reflète bien ce que nous appelons avec René Girard, « l’art de Satan ». (Voir en particulier le Chapitre III du livre de Girard, Je vois Satan tomber comme l’éclair, Paris, Grasset 1999, pp.54-70 ). C’est en démontant ce mécanisme victimaire pour mieux le combattre que nous résisterons à Satan, c’est-à-dire dénuderons et démantèlerons l’injustice incarnée qu’est le régime de Paul Biya. II- L’argument économique du Discours de Paul Biya : la crise internationale tombe bien pour notre « fantôme » national. Dans cet argument, le régime outrageusement riche et corrompu de Paul Biya est confronté à l’immensité des camerounais appauvris. Pour s’en sortir, le régime s’abrite derrière un tiers qui tombe à pic : la crise financière internationale. Voyons donc comment Satan expulse Satan dans cet argument économique du Discours de Paul Biya. Il importe de savoir qui est l’homme qui nous parle, car il est le modèle même de son régime. Aux dires fort considérables du Professeur Titus Edzoa, son ancien collaborateur et médecin mais aussi son prisonnier politique préféré, Biya est « le camerounais le plus riche ». Fonctionnaire de l’Etat Camerounais depuis 1962, Biya n’a pourtant jamais exercé de fonction de chef d’entreprise privée. Le rapport récent du CCFD nous a largement indiqué la provenance de sa richesse suspecte. Le chef de l’Etat camerounais n’a du reste jamais fait une déclaration exhaustive de ses biens aux services financiers de l’Etat. La raison en est simple. Jean-Assoumou Mvé reconnaissait déjà à la fin des années 80 que le pétrole camerounais était une affaire « qui se passe entre le chef de l’Etat et moi ». La richesse de Biya n’est pas un miracle. C’est la richesse du Cameroun. Pas besoin de chercher ailleurs que dans les fonds publics ! On en a vu d’ailleurs une démonstration évidente en Juillet 2009, lorsque se servant à grandes poignées dans les caisses de l’Etat, Paul Biya et sa suite de profiteurs se sont payés des journées de vacances à 42000 euros/ par jour à La Baule en France ! Près de 30 millions de FCFA par jour, n’est-ce pas digne des vacances d’un chef d’Etat de Pays Pauvre Très Endetté ? Tel est donc l’homme politique indélicat qui nous parle de crise financière pour se défausser de son échec économique sur la conjoncture internationale. Sa propre pratique économique trahit son indifférence à la misère massive de ses compatriotes. Mais, puisqu’il faut nous dire quelque chose chaque début d’année, Paul Biya nous parle quand même. C’est ainsi qu’on voit Satan expulser Satan pour que Satan demeure ! A entendre Paul Biya, la crise financière qui vient de frapper le monde en 2009 est la source de tous les malheurs du Cameroun. A raisonner ici par l’absurde, si le Cameroun est un pays pauvre très endetté, un pays où près de 60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, un pays où l’espérance de vie moyenne est tombée à moins de 45 ans, un pays où les plus riches ne font confiance pour leur santé à aucun hôpital public, à aucune université pour leurs enfants, c’est parce qu’il y a eu crise économique et financière en 2009 ! Qui peut croire de telles sornettes quand on sait que le marasme économique dans le pays s’est durement signalé dès le milieu des années 70, déjà sous le régime d’Ahmadou Ahidjo dont Biya était un collaborateur intime ? Biya affirme pourtant : « Au total, notre économie a fléchi, c’est vrai, mais elle n’a pas été ébranlée dans ses fondations, comme certains pays et non des moindres ». Comment comprendre alors les émeutes de février 2008, pendant lesquelles des centaines de milliers de camerounais protestant contre la faim, le coût de la vie, la corruption, la pauvreté, la violence policière sont sortis dans les rues de villes du pays, s’il ne faut supposer une situation économique camerounaise défaillante depuis 2007, 2006 et plus loin ? L’Institut National des Statistiques du Cameroun, un organisme officiel contrôlé en outre par les Institutions Financières Internationales est pourtant très clair sur ce point. La pauvreté est en augmentation continue au Cameroun, crise ou pas crise. Dans son Rapport sur la pauvreté au Cameroun en 2007, consultable sur son site web, cet organisme aux vérités statistiques révolutionnaires observait en effet : « Avec un taux de croissance démographique annuel de 2,7 % environ et une stabilité du taux de pauvreté, le nombre des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté de 269 443 FCFA par équivalent adulte et par an est en augmentation ces dernières années. Pourtant, la stabilité du cadre macroéconomique et les opportunités offertes liées notamment à l’atteinte du point de décision et du point d’achèvement de l’initiative d’allègement de la dette publique des pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) auraient pu permettre de renforcer les acquis et de relancer une croissance pro-pauvre. » La réalité est bien là. Les politiques économiques de Paul Biya se sont toutes conclues par des échecs cinglants. Les camerounais n’ont pas cessé de déchoir au fil de l’ère-Biya dans la misère la plus abjecte. En voici trois raisons profondes : a) L’économie est restée prisonnière du système de Traite instauré par la logique coloniale : l’essentiel des ressources du pays est tiré de l’exportation des matières premières et non de leur transformation et de leur consommation prioritaires sur place. L’économie camerounaise est restée une économie de prélèvement, fidèle au principe de colonie-réservoir du grand capitalisme international et notamment français ! D’entrée de jeu, le Discours de Paul Biya le reconnaît clairement. Le régime compte avoir des entrées en misant sur les exportations de bois, d’aluminium, de coton, de caoutchouc, mais bientôt aussi l’exploitation prochaine des mines de cobalt, nickel, manganèse de Nkamouna, l’exploitation du Diamant de Mobilong, l’exploitation du bauxite de Minim-Martap-Ngaoundal et du fer de Mballam, l’exploitation de l’or de Bétaré-Oya, etc. Qui n’a pas compris que Biya souhaite nous emprisonner dans le mythe d’un Cameroun gisement éternel de matières premières infinies ? La Suisse, la petite Suisse où Biya loge et scolarise si sagement sa famille a-t-elle eu besoin de posséder ces matières premières pour ne pas être Pays Pauvre Très Endetté ? Il est donc clair que l’enrichissement réel des camerounais, leur sortie de la misère suppose une puissante introversion de l’économie, d’abord vers la satisfaction de tous les besoins primaires internes, mais également à travers l’industrialisation nationale, une transformation de la majorité de nos matières premières sur place. Ce qui créera une extraversion qualitative et mieux rémunérée. Sans cette introversion qualitative de l’économie camerounaise, nos exportations rapporteront toujours moins que nos importations et nous ne serons jamais en mesure de faire face aux dépenses fondamentales de la Nation qui doivent porter sur l’alimentation, la santé, l’éducation, le logement, la sécurité et l’emploi. Pourquoi n’est-ce qu’en Chine qu’on trouverait les usines du monde ? Il y a près de 20 millions de camerounais et un marché formidable en Afrique, en Europe, en Amérique et en Asie ! b) L’économie est pilotée par une politique monétaire dictée par les intérêts du capitalisme français : la Banque de France, le pouvoir politique français donc, est encore l’autorité qui octroie des crédits aux économies du pré-carré françafricain. De fait, la France investit dans l’économie camerounaise, principalement avec les richesses du Cameroun. Dans la mesure où les Accords Economiques Post-Coloniaux garantirent à la France une priorité sur les matières premières camerounaises, il est clair que c’est la France qui en détermine le prix pour ses industries. Par voie de conséquence, elle achète moins cher, c’est-à-dire même qu’elle n’achète pas. Elle achète moins cher et endette le Cameroun pour qu’il soit en mesure de la payer, et pour qu’en retour elle soit de nouveau en situation d’acheter moins cher. C’est le Pacte Colonial reconduit par les Accords de Coopération et de Défense dont aucun des comparses ne veut rendre publiques à ce jour l’ensemble des conditions iniques. Cette situation se traduit par une énormité du service de la Dette, et Biya n’hésite jamais à y recourir. Ni lui, ni ses héritiers putatifs, lourdement enrichis aux dépens du Peuple camerounais, n’auront à payer cette Dette. Citons notre thaumaturge satanique : « Ces efforts nous ont valu la compréhension et le soutien du Fonds Monétaire International qui nous a accordé en cours d’année un appui financier appréciable pour faire face à nos difficultés ». La bonne question est : jusqu’à quand Biya mobilisera-t-il la dette pour boucher les gouffres que sa politique économique crée partout ? La bonne réponse nous paraît évidente : jusqu’à la fin du régime néocolonial qui nous gouverne. Car il reste une bonne troisième raison de ne rien en espérer. c) L’économie camerounaise est paralysée par une corruption endémique et incurable sous ce régime : Il est temps de comprendre qu’un régime dont le sommet est notoirement corrompu ne peut pas mettre fin à la corruption. Il ne peut qu’utiliser la corruption comme outil de mise en scène de sa mécanique victimaire. L’Opération Epervier, tout observateur averti le sait, devrait commencer au Palais d’Etoudi et s’étendre dans nos administrations publiques, puis dans nos organisations privées et nos foyers. Qu’observe-t-on au contraire ? Une Opération de lutte contre la corruption obéissant au principe du missile à tête chercheuse, une machine à tri mobilisée contre les rivaux politiques potentiels et réels de Paul Biya, enfin un schmilblick de politique-spectacle pour apaiser les foules camerounaises assommées de misère. Biya énonce tranquillement : « Mais la démocratie, c’est aussi la préservation de la fortune publique. C’est pourquoi nous avons entrepris de lutter sans merci contre la corruption. Qu’on ne s’attende pas à ce que nous nous arrêtions en chemin. Nous irons jusqu’au bout, quoi qu’en disent certains. » Qui peut croire aujourd’hui que Titus Edzoa, Pierre-Désiré Engo, Atangana Mebara, Olanguena Awono, Haman Adama, Siyam Siwé, bref tous ces collaborateurs directs de Paul Biya ont détourné les deniers publics, mais Paul Biya, pas un seul ? Un régime dont des personnalités aussi hautes sont accusées de corruption pendant que d’autres, reconnues corrompues comme le détourneur de milliards Gervais Mendo Zé sont libres, un tel régime flou et confus dans sa chasse aux corrompus peut-il mériter notre confiance ? Sur Paul Biya, ne manqueront de peser dans les prochains mois de lourds procès pour détournements de fonds publics. C’est l’une des tâches majeures de l’opposition démocratique et patriotique du Cameroun. Le commencement du démantèlement de ce régime de corruption ne peut se faire que par le sommet ou ne se fera pas. Objectivement, les prisonniers de l’Opération Epervier doivent être en très grande partie regardés dans les conditions de manipulation de la Justice qui règnent au Cameroun, comme des otages de la mécanique victimaire mise en place par Paul Biya pour distraire les camerounais de ses propres oeuvres néfastes. Paul Biya, c’est Satan expulsant Satan pour demeurer Satan. Le Rapport 2009 du CCFD est on ne peut plus clair sur la disproportion qu’il y a entre l’enrichissement injustifiable de Biya et son ardeur à offrir sans fin au peuple camerounais, des victimes expiatoires qui ne sont bien souvent que les produits soit de son propre système inique, soit de son imagination cynique. Dès le mois de mai 1983, la presse internationale se fit l’écho de l’enrichissement précipité de Paul Biya. De nombreuses propriétés somptueuses lui appartiennent à Paris, Cagnes-sur-mer, Baden-Baden, Gambais, etc. Christian Bernard, de l’OSTI, a reçu près de 20 millions de Francs Français entre 1990 et 1998 des mains de notre potentat. Cela se sait. Comment un homme politique aussi corrompu peut-il officier la grand’ messe nationale anti-corruption, si ce n’est à des fins ténébreuses de zombification de ses compatriotes par le sang toujours plus frais des victimes qu’il leur offre à délectation ? L’analyse de ce dernier aspect nous conduit justement à l’auscultation de l’argument politique du Discours du 31 décembre 2009. III - L’argument politique du Discours : la biyacratie est une politique du mépris et de l’hypocrisie. Dans cet argument politique, Biya tente d’opérer une unanimité nationale artificielle autour de la dénonciation molle du colonisateur et autour de l’indexation des imperfections purement techniques des mécanismes électoraux. Une fois de plus, le bourreau, c’est le régime Biya – la biyacratie-, la victime, c’est le peuple camerounais privé de l’expression de sa souveraineté, vivant sans Constitution, sans élections, et sans voie de recours contre l’arbitraire régnant. Alors Satan chuchote doucement : « c’est la faute aux colons, ils nous ont fait çà trop dur. Remercions ceux qui leur ont résisté ». Voyant que la ficelle demeure d’une grosseur trop visible, le thaumaturge invoque alors la poudre forte de l’artifice : l’unité euphorique des camerounais autour des Lions Indomptables. Much ado about nothing ! Le second argument du Discours de Paul Biya porte sur le processus démocratique détourné dès l’origine par les légataires coloniaux français et retourné depuis 1990 par le pseudo-multipartisme de foire inventé comme parade aux revendications populaires. Processus détourné car les camerounais qui revendiquèrent et obtinrent l’indépendance officielle du pays furent écartés de son exercice réel par la volonté de récupération de la Tutelle Française. Um Nyobé, Félix Moumié, Ossendé Afana, Ernest Ouandié, et plus d’un million de camerounais avec eux, ces vrais pères fondateurs de notre Indépendance furent systématiquement éliminés par le régime colonial français, puis par son héritier putatif Ahmadou Ahidjo dont Paul Biya fut dès 1964 un fervent, docile et bien mignon serviteur. Paul Biya appartient à la lignée des détourneurs de l’indépendance camerounaise, cornaquée par le Docteur Louis-Paul Aujoulat dès la naissance de la JEUCAFRA (Jeunesse Camerounaise Française) en 1938. Selon l’Ecole politique coloniale qui a formé Paul Biya, l’indépendance du Cameroun n’était pas nécessaire, il eût fallu qu’il reste et devienne authentiquement un territoire français. A l’intérieur de ce territoire, les camerounais avaient de la tutelle coloniale une promesse d’évolution, qui les conduirait peut-être quelque siècles plus tard à une certaine autonomie relative, mais toujours avec la bienveillance protectrice de la France. Um Nyobé, Ossendé Afana, Moumié, Ouandié étaient des contemporains de Paul Biya ! Les a-t-il défendus, soutenus, accompagnés dans leur lutte pour notre indépendance ? Jamais ! On croit rêver quand un Paul Biya, bien planqué derrière les assassins de Um Nyobé à Paris en 1958, servant de porte-cartouches à Ahidjo contre les Moumié, Ossendé et Ouandié jusque dans les années 70, continuant la répression des nationalistes jusqu’à ce jour, vient dire avec hypocrisie : « Mais d’abord souvenons-nous qu’avant l’indépendance certains en avaient rêvé, ont combattu pour l’obtenir et y ont sacrifié leur vie. Notre peuple devra leur en être éternellement reconnaissant. » Mais ces gens étaient de la génération de Biya ! Il est né en 1933, et les Moumié, Ossendé et autres n’étaient pas plus vieux que lui ! Biya créchait chez Aujoulat – un célèbre et fervent amateur de beaux éphèbes - quand ces patriotes libéraient leur pays ! Quel est donc le pedigree nationaliste de ce tresseur de couronnes de la vingt-et-cinquième heure ? Qu’ont à faire les victimes de l’ogre colonial de la reconnaissance d’un bourreau néocolonial qui continue de faire des victimes parmi notre peuple ? Biya, qui appartient objectivement à la légation coloniale et qui l’a encore tout récemment prouvé, en assassinant 140 camerounais dans les rues des nos villes, peut-il être reconnaissant à ceux qui se sont battus pour la liberté et la dignité des camerounais ? Voici encore Satan qui fait semblant d’expulser Satan pour faire davantage durer Satan. La colonisation que Biya n’a jamais combattue, n’est pas entièrement responsable de la forfaiture de Paul Biya envers son peuple. Il va falloir qu’il porte lui-même sa croix ! Sous couvert d’une allégation en alibi d’anticommunisme et au nom de la soi-disant Guerre Froide qui ne valut pas la chasse à l’homme aux communistes en France, on eut le droit d’assassiner, de génocider, d’emprisonner à tour de bras les populations du Cameroun pour empêcher l’UPC (L’Union des Populations du Cameroun ) qui en était la plus légitime expression de gagner des élections et de gouverner authentiquement le pays. La traduction juridique de cette inféodation du Cameroun, c’est la recolonisation imposée en sous-main par les Accords de Défense et de Coopération signés par les gouvernements Ahidjo-Biya. Et Biya, l’incarnation vivante de cette abjection viendrait défendre la mémoire des victimes de la politique criminelle à laquelle dès la fin des années 50 il adhéra activement ? Comment qualifier la naïveté de ceux qui ont vu dans cette évocation des martyrs du Cameroun, un signe que Biya adresserait sérieusement au camp nationaliste ? Dans les cartes de tiroirs confiées à Ahidjo et Biya quand ils prirent la tête du Cameroun, il est clairement écrit : « Jamais vous ne ferez de cadeau aux nationalistes, car les nationalistes nationalisent souvent. Or s’ils prennent le pouvoir et nationalisent, c’est la France qui perdra ses réserves et c’est vous qui perdrez votre trône de gardien des réserves ! » La biyacratie est donc assise sur un odieux mensonge. C’est le pouvoir de ceux qui ne doivent pas le pouvoir à l’expression légitime du peuple camerounais. Un pouvoir illégitime assis sur une légalité violente et arbitraire. Paul Biya, comme son prédécesseur Ahidjo que son épouse Germaine s’évertue inutilement à embellir, n’ont jamais été élus au terme d’une compétition démocratique, juste et transparente. Il s’en suit que leurs Assemblées Nationales sont des tremblées nationales, caisses de résonnance sans fond d’une machine incantatoire qui prône une unité nationale garantie par la peur bleue de se faire tuer. C’est un régime qui gouverne par la perpétuation de la Terreur Coloniale : ainsi des assassinats et exécutions d’opposants politiques, ainsi des prisons-mouroirs infligées depuis les années 60 à des milliers d’upécistes, ainsi de la purge militaire de près de mille soldats des forces armées camerounaises après la tentative de coup d’Etat de 1984, ainsi des crimes commis contre les citoyens manifestants des années 90, avec la figure emblématique d’Eric Taku, ainsi des nombreux religieux et civils assassinés pour leur témoignage, ainsi des leaders politiques et syndicaux contraints à l’exil, ainsi des escadrons de la mort que furent les Commandements Opérationnels avec en prime l’Affaire des Neuf Disparus de Bépanda, ainsi du dernier grand massacre populaire de la biyacratie - pire que celui du 28 septembre 2009 à Conakry – au mois de février 2008, où 140 camerounais ont trouvé la mort sous les balles des sbires du régime, la figure de Jacques Tiwa en constituant un emblème. L’organisation des citoyens en réseaux de résistance civile, mais aussi de sérieux procès pour crimes contre l’humanité et pour violations flagrantes des droits humains doivent impérativement mettre fin à cette sinistre litanie funèbre. C’est encore une tâche de l’heure pour la société civile camerounaise. Qui peut, dans ces conditions, nier ce que le Docteur Samuel Mack-Kit, Président de l’UPC, établit quand il affirme si justement que le machin électoral rafistolé par Biya, « ELECAM n’est pas la solution » ? Comment organiser une compétition électorale incontestable quand la Commission Electorale n’est pas Indépendante d’une administration préfectorale soumise aux ordres arbitraires du régime ? Comment organiser avec ELECAM des élections justes quand la totalité des membres de cette Commission est choisie par le Prince et issue du RDPC, le Parti au Pouvoir ? Le Dr.Mack-Kit écrivait donc dans la Feuille Web N°6 de l’UPC, au mois de septembre dernier, des lignes tranchantes qui disent l’hypocrisie structurelle d’un régime qui fait ce qu’il ne dit pas et dit ce qu’il ne fait pas : « Les choses sont claires. Tous les membres de ce « machin » sont nommés par le président du RDPC ! La « consultation des partis… et de la société civile » est une clause de style. Tout le monde au Cameroun sait que cela ne veut rien dire. Et les partis politiques non représentés à l’Assemblée Nationale, ils n’existent donc plus ? Vu la diversité de la Société civile, qui le Président du RDPC va-t-il consulter dans cette « Société » ? Encore des phrases et des mots pour ne rien dire ou plutôt pour jeter la poudre aux yeux et prétendre que la démocratie est apaisée. ! » Puisqu’il est donc clair que la mécanique politique de Paul Biya n’apportera jamais l’unité éthique qui doit fonder une véritable république souveraine du Cameroun, demandons-nous enfin quelle stratégie et quelles tragédies cache toute cette comédie du pouvoir Biya. IV- L’argument stratégique : la cerise sur le gâteau néocolonial d’un régime prêt à se succéder en 2011 et ad aeternam. Dans cet argument stratégique, qui enrobe tous les deux autres, notre thaumaturge organise en réalité une dramaturgie du pouvoir qui consiste à le légitimer de fait par la Terreur et la corruption, et symboliquement par la spectacularisation de sa gloire indue. Y compris en convoquant si possible les arguties de la neutralité cybernétique. Ainsi Biya se prépare à accuser le système Informatique des imperfections congénitales de son nouveau machin, ELECAM. En 2010 et après, Biya ne changera pas son art. C’est à lui qu’il doit son pouvoir et c’est seulement par lui qu’il peut espérer le reproduire s’il ne trouve pas le peuple camerounais organisé en travers de son chemin jonché de victimes sacrificielles. Nous prétendons pour finir que le Discours du 31 décembre 2009, est au fond un moment de communication stratégique de Biya sur ses intentions à court et long terme. Il s’adresse moins au peuple camerounais, lassé de l’entendre sans effets positifs sur son destin, qu’aux bandes de pillards associés qui se pressent autour de la mangeoire nécoloniale de Yaoundé. En réalité, si ce ne sont pas les élections libres et transparentes qui peuvent garantir à Biya un succès imparable en 2011, notre thaumaturge qui va les truquer au besoin, est conscient qu’il faudra continuer de saper les bases de la mémoire nationale. Paul Biya sait qu’il faudra au moins saupoudrer la galerie assoiffée de quelques milliards et de quelques strapontins budgétisés au détriment des masses appauvries du Cameroun. Il faudra légèrement élargir la mangeoire puisqu’on ne veut pas céder à l’instauration d’une république réellement démocratique, patriotique, pluraliste, écologique et prospère. Par-dessus tout, il faudra cimenter l’affaire par un culte euphorique des Lions Indomptables comme gages de notre unité nationale. Et le tour sera joué. Tel est le cinéma que Paul Biya nous prépare en cette soi-disant année du « cinquantenaire de l’indépendance » que nous devrons célébrer en un deuil solennel comme le « cinquantenaire de notre dépendance ». Il s’agit donc d’abord de couper les populations du Cameroun de leur mémoire historique en confondant les bourreaux et les victimes du Peuples. Biya encensant Um Nyobé, c’est Biya devenant un peu Um Nyobé, et le tour est joué. Circulez, notre histoire est un doux pays de rêves où tout est en fleurs. Le sang n’est que la couleur des roses et de l’hibiscus. Les larmes et cris qu’on entend dans New-Bell encerclé échappent d’un film américain joué à trop haut volume. Le vol des mémoires est un élément central du mécanisme mimétique. On brouille ainsi la trace des coupables et en divinisant les victimes, on se divinise et s’immunise soi-même contre les règlements de comptes. L’opération consiste à diviser ce qu’il reste de l’opposition nationaliste et patriotique du Cameroun, à travers l’artifice de l’évocation de la mémoire glorieuse des victimes du même régime néocolonial qui veut les célébrer maintenant du bout de lèvres, avec en arrière-goût, le sang amer des martyrs qui résistent envers et contre-tout dans notre conscience historique. Il s’agit donc ensuite d’huiler à fond la machine à truquer les processus électoraux camerounais, en testant et rôdant les hommes et les femmes qui la composent aux arcanes de la sale besogne qui leur incombe. C’est ce que le faux expulseur de Satan dit clairement entre les lignes. Ainsi Biya, qui après près de 40 ans de pouvoir, ne sait toujours comment organiser des élections incontestables au Cameroun, ne craint pas de reconnaître : « Avec application, nous avons préparé la mise en route d’ELECAM. Sa mission étant définie et sa direction constituée, il lui fallait étendre son réseau sur l’ensemble du territoire national. Ce processus est en cours et pourrait nécessiter quelques ajustements. Au bout du compte, nous disposerons d’un appareil électoral qui rendra incontestables les résultats des prochains scrutins ». La stricte logique de cet extrait implique la reconnaissance par Biya que Biya a triché à toutes les élections précédentes, puisqu’il en a toujours été gagnant alors que la machine électorale était contestable. La stricte logique de ce discours implique que Biya jouant toujours le jeu de Biya, c’est-à-dire Satan qui expulse Satan, l’incontestabilité des prochains scrutins consiste en la sophistication des mécanismes de tricherie électorale du régime. Est-ce un hasard si notre bonhomme insiste sur les ajustements en faire ? Un boulevard d’alibis facile s’ouvre là et il est à parier qu’il s’y engouffrera. Cette fois-ci donc, Biya se prépare à dire : « s’il y a des fraudes, ce n’est de la faute à personne, c’est peut-être la faute aux ordinateurs et là, il est trop tard, ce sont les dieux de la technique qui ont tranché. Les magistrats ne sont pas compétents pour les démentir ! Ah, il y a des électeurs en moins ? En trop ? C’est le système informatique tant voulu par les opposants. Ils n’ont qu’à l’assumer. » Enfin la stricte logique de ce discours implique que Biya a préparé de quoi distraire les colères qui se lèveront. Il s’agit donc des distributions stratégiques de milliards aux catégories de populations potentiellement mobilisables par un discours d’opposition patriotique : a) 4 milliards 108 millions pour l’Université, où des centaines d’enseignants et des milliers d’étudiants attendent le régime au tournant. C’est une allocation spéciale. Entendez, valable en conteste de préparation des grandes arnaques électorales en biyacratie ; b) Promesses de nombreux investissements de base dans ce pays Beti, si durement frappé par l’Opération Epervier surtout parce que Biya y trouve ses rivaux les plus intimes. Kribi, Memve’ele, Mekin sur le Dja, Olembe, Yaoundé et enfin « Douala et plusieurs villes » auront leur part d’esquisses de réalisation des Grandes Ambitions ; c) Mais le sommet des sommets de l’opération de charme symbolique, ce sera la distribution par le Prince thaumaturge des strapontins du Sénat. Car Paul Biya a lâché cette phrase énigmatique : « A présent, la voie est ouverte à la mise en place du Sénat. » Cet énoncé implique deux conséquences : d’abord la mise en branle de tous les réservistes attitrés de la mangeoire nécoloniale, puisque le fait du Prince déterminera de fait la presque totalité de la composition de cette nouvelle Chambre prévue par La Constitution Biyacrate de 1996. Ainsi vont s’attrouper autour du magicien de Yaoundé tous ses anciens ministres attendris, tous ses anciens directeurs d’administrations et d’entreprises para-publiques, tous les anciens amis en mal de recasement, etc. Et Biya saupoudrera à merveille, tandis que reconnaissants, ses sénateurs de pacotille iront claironner sa fausse Bonne Parole en province. La deuxième conséquence de l’ouverture annoncée des travaux de la mise en place du Sénat, c’est que Paul Biya va être dans l’inconfort de désigner le Président de cette institution qui sera, selon les termes actuels de sa Constitution Biyacrate de 1996, son successeur constitutionnel. On verra, à la nature du choix de Biya, comment il compte protéger ses arrières en cas de départ accidentel du pouvoir. On verra aussi, à la nature de ce choix, comment le système Biya, qui est le système Ahidjo, qui est la prolongation de la logique coloniale, compte se survivre par-delà l’individualité biologique de Paul Biya, hélas mortel comme vous et moi. Vous aviez espéré quelque chose d’extraordinaire de ce énième Discours de Paul Biya aux camerounais ? Franchement, je ne vous prête pas la naïveté d’en avoir attendu autre chose que l’annonce feutrée de la suite de notre tragédie nationale. Voilà pourquoi j’ai donc montré et dit que : Paul Biya, c’est Satan qui expulse Satan. Non, pas pour diaboliser Paul Biya, car il le fait déjà bien lui-même. Mais je l’ai dit pour bien pour montrer comment fonctionne sa diabolicité. A nous, Patriotes, Démocrates, Nationalistes, Révolutionnaires et Humanistes du Cameroun, de déclencher par nos mobilisations averties, un cycle anthropologique recréateur pour notre Peuple, une manière absolument autre de bâtir le Cameroun. Nous le devons et nous le pouvons si ensemble, une construction populaire de l’intelligence donne puissance à l’idéal upéciste, dont j’ai déjà montré ailleurs qu’il est l’humanisme de référence du peuple camerounais. Biya lui-même, dans son art de diviser pour régner, se voit obligé de reconnaître cette inextinguible étoile de notre conscience historique ! Par le Pr. Franklin Nyamsi
Paris, le 12 janvier 2010. |